ce n'est pas un magazine actuel mais un ancien magazine de BD qui a eu ses heures de gloire dans les années 60-70 jusqu'aux années 80. Sa particularité est qu'il se démarquait d'autres magazines de mangas et BD de l'époque en ce sens qu'il était beaucoup moins "grand public" et mettait en avant des auteurs d'avant garde, parfois plus underground, des oeuvres d'auteur, parfois très sombres (un peu comme le gekiga mais encore plus). C'était un magazine un peu rebelle mais qui a fait connaitre des auteurs devenus très connus par la suite.
ce qui m'incite à faire ce topic (et à m'interroger sur ce mag) c'est mon visionnage actuel de la série tokusatsu Garo (de Keita Amemiya). En faisant des recherches sur elle, je suis tombé sur des référence à cette revue ancienne, et je me suis demandé s'il n'y avait pas un petit lien. Il semble que non dans l'absolu, en revanche on pourrait dresser des similitudes avec la série Garo, le côté sombre, très démarqué d'autres oeuvres plus grand public, et Amemiya vu son âge a grandi en parallèle de l'âge d'or de ce mag et donc l'avoir lu (il est possible que certaines histoires l'aient inspiré)
Qu'est-ce que la revue Garo ?
Garo (ガロ) est un mensuel japonais de bande dessinée fondé par Katsuichi Nagai en juillet 1964 et disparu en décembre 2002. Spécialisé dans l'underground et les œuvres d'avant-garde, il joue un rôle déterminant dans l'histoire du manga d'auteur. Il connaît diverses périodes artistiques, des drames gauchistes de Sampei Shirato, à l'art abstrait, le surréalisme, l'ero-guro ou le punk.
avant de commencer à lire ce topic (ou après) voici divers autres liens pour vous imprégner du sujet :
il y a eu aussi une expo sur le sujet en 2022 à la maison de la culture du Japon à Paris : https://www.mcjp.fr/fr/garo-1964-1974
je partage la conférence de l'époque (très intéressante)
(conférence par le fondateur du magazine zoom japon, qui a une très grosse collection de magazines Garo)
Conférence sur place et en ligne - samedi 25 juin 2022
Au-delà de son rôle pionnier dans le secteur du manga, Garo, mensuel de manga iconoclaste fondé en 1964, s’est imposé comme une référence pour la jeunesse japonaise à une époque cruciale pour le pays. Claude Leblanc, journaliste et commissaire de l’exposition "Garo 1964-1974, Une histoire dans l'histoire" (du 14/06 au 30/07), viendra nous parler de ce magazine qui a révolutionné le monde du manga au cours de ses dix premières années d’existence.
L'Histoire du magazine
Fondation
Dans les années 1950, le marché de la bande dessinée est partagé entre les périodiques des grands éditeurs (Kōdansha et Shōgakukan pour les principaux) et les librairies de prêt qui proposent de nombreux livres et revues plus variées à bas prix. L'éditeur Katsuichi Nagai travaille alors pour le second marché, pour lequel il publie les Carnets des arts martiaux d'un ninja (Sanyō-sha) de Sampei Shirato. (ci-dessous)

Lorsque les librairies de prêt commencent à décliner, à la suite de l'arrivée de la télévision et du passage à un rythme hebdomadaire des publications des grands éditeurs, Nagai décide de fonder une revue à la fois pour publier la nouvelle série de Shiratō, La Vie de Kamui (カムイ伝, Kamui-den), et pour permettre à des auteurs qu'intéresse la possibilité d'être publiés sans contraintes formelles ou temporelles de l'être.
Nagai crée la société d'édition Seirindō et Garo, du nom d'un personnage ninja de Shiratō, naît en septembre 1964, avec un premier numéro de 130 pages dont la plupart en noir et blanc, tiré à 8 000 exemplaires.
1964-1971 : la revue d'avant-garde
Si dans le premier numéro on ne trouve que Shiratō, Shigeru Mizuki, Gōseki Kojima et du rédactionnel, la revue prend rapidement de l'ampleur : dès décembre La Vie de Kamui occupe en moyenne une centaine de pages de la revue ; les histoires courtes de Mizuki, déjà connu pour Kitaro le repoussant, connaissent un grand succès tandis que Yoshiharu Tsuge, auteur déjà célèbre de gekiga, en créant la bande dessinée autobiographique, attire l'attention des intellectuels.
ci-dessous : La jeunesse de Yoshio (de Yoshiharu Tsuge)

Les premières histoires de Yoshiharu Tsuge à être publiées dans Garo mettent à l’honneur des récits d’époque, se déroulant à l’ère Edo. Ils sont dans la droite lignée des mangas de Sanpei Shirato, la grande vedette du magazine. Quand bien même on a le sentiment que l’auteur semble prisonnier d’une recette faisant office d’essence de la revue, il intègre pourtant dès les premiers mangas qu’il y publie sa touche personnelle. On retrouve donc dans ses récits d’époque une introduction de la narration à la première personne, les portraits de personnages pauvres ou marginaux, ou encore la représentation de lieux comme des thermes ou des berges. Autant d’éléments qui deviendront très rapidement emblématiques de la bibliographie de Yoshiharu Tsuge.
pour plus de détails sur l'auteur Yoshiharu Tsuge et sur ce manga je vous renvoie sur la description de manga-news :
https://www.manga-news.com/index.php/re ... ru-Tsuge/2
En septembre 1965, la première femme est publiée dans le magazine Garo, Kuniko Tsurita

Loin du Shōjo manga elle s'intéresse à la science-fiction comme aux mœurs japonaises. Elle est connue aussi pour avoir travaillé dans le studio de Shigeru Mizuki. Tsurita joue de façon très originale et personnelle du noir et blanc. Tsurita est une auteure de gekiga. Son œuvre s’insère dans les débats intellectuels et révolutionnaires de la gauche au Japon des années 1960 et 1970 (source : wikipédia). Elle aborde dans ses histoires les thèmes du harcèlement et de la misogynie, ainsi que ceux de la mort et de la solitude. Avec certains de ses personnages, elle joue de l’ambiguïté des genres ; on ne sait s'ils sont hommes ou femmes.
En 1966, c'est au tour de Susumu Katsumata, Ryōichi Ikegami et Maki Sasaki (précurseur des recherches de l'OuBaPo) de se faire connaître et d'être publiés dans le magazine Garo. Inutile de vous présenter Ryōichi Ikegami je pense (il sera plus tard très connu pour ses mangas comme Sanctuary ou Crying Freeman adapté par Christophe Gans pour le cinéma).
En 1967, Yū Takita s'attaque à l'actualité, puis l'année suivante à ses souvenirs d'enfance, Seiichi Hayashi, arrivé la même année, marque le public en 1970 avec Élégie en rouge, en 1968, Tadao Tsuge, frère de Yoshiharu, fait également une entrée remarquée en s'interrogeant sur le sens de la vie après Hiroshima.
ci-dessous : le manga Les contes du caniveau, seinen de tadao Tsuge sorti en 1969 et prépublié peu avant dans le magazine Garo.

Bercé par les bras de Tateishi, quartier de Tokyo défavorisé hanté par les prostituées et les yakuzas, Tadao Tsuge, pionnier du manga alternatif des années 60, nous renvoie à travers ce manga l’angoissant reflet de cette civilisation japonaise, marquée au fer par la Seconde guerre mondiale, ayant tant influencé ses œuvres. Tsuge donne naissance à des personnages au caractère irascible pris dans un tourbillon de situations plus qu’improbables, dont certaines sont inspirées de sa propre vie, notamment celles ayant lieu dans une banque de sang clandestine (la vente de sang est officiellement interdite au Japon en 1968) où au sein d’un cercle familial violent. Différant de son frère, Tadao Tsuge dénue de tout romantisme et de toute sensualité la rudesse de la vie du peuple japonais avec une précision digne du reportage journalistique. Il s’attache à dépeindre sans fard les petits, les laissés-pour-compte, les truands et les proxénètes, les prostituées, les fous, les alcoolos, qui luttent chaque jour pour leur liberté, la quête de sens ou simplement leur survie. Tout un bestiaire sur lequel les autorités de l’époque, tirant le pays à marche forcée vers la reconstruction et le progrès, préfèrent fermer les yeux.
(source : manga-news)
Les bandes dessinées publiées dans Garo, bien que variées, d'auteurs confirmés comme débutants, sont donc marquées par un souci de se détacher de la bande dessinée pour enfant et d'aller plus loin que le gekiga dans l'exploration des possibles de la bande dessinée, via l'engagement politique et l'inspiration littéraire. Le succès est rapide, avec un tirage de 80 000 exemplaires dès 1966. Voyant ce succès, les grands éditeurs décident de lancer des mensuels ou bimensuels qui en sont inspirés : COM, d'Osamu Tezuka (Mushi Production, janvier 1967), Manga Action (Futabasha, 1968), Big Comic (Shōgakukan, février 1968).
Les années 1970 : une revue au sommet de sa gloire
Avec le succès économique, le Japon devient plus conservateur et les rêves de la reconstruction s'éteignent. Les histoires de Garo deviennent plus sombres, derrière celles de Shinichi Abe, Ōji Suzuki ou Masuzō Furukawa. Garo continue d'attirer les artistes japonais d'avant-garde : le photographe Nobuyoshi Araki, l'artiste Genpei Akasegawa, l'auteur gekiga Yoshihiro Tatsumi, l'illustrateur Kazuichi Hanawa qui se lance alors dans la bande dessinée, le débutant Yukio Kawasaki. Plus tard dans les années 1970 arrivent Michio Hisauchi, Suehiro Maruo, Jun Miura, etc.
Shinbō Minami, assistant-éditeur nommé au début de la décennie, résume « en un terme qui devient rapidement à la mode, « l'intéressantissime », le dynamisme créatif et la diversité d'expressions représentatifs du Garo de cette période », dans un marché du période de manga de plus en plus segmenté selon l'âge, la profession ou le sexe du lectorat . À la fin des années 1970, les ventes du mensuel ont chuté, mais Seirindō publie également des livres, et l'influence de Garo a permis à la bande dessinée d'être reconnue comme objet culturel dès cette décennie.
1980-2002 : le long déclin de Garo
Cependant, au tournant des années 1980 naissent de nouveaux hebdomadaires ou bimensuels s'adressant aux étudiants : les young magazines, moins originaux mais plus fédérateurs, comme Big Comic Spirits, alors que la bande dessinée expérimentale s'est déplacée vers les fanzines et le Comiket, célèbre grosse convention. Garo découvre encore des auteurs intéressants, comme Takashi Nemoto, Murasaki Yamada, Hajime Yamano, Hideyashi Moto, Usamaru Furuya (en 1994), Kiriko Nananan ou Q.B.B. (deux frères qui remportent le prix de la bande dessinée Bungeishunjū en 1998).
Cependant, les ventes déclinent fortement, avec 20 000 exemplaires en 1991 contre 1,5 million pour Big Comic). En 1991, Seirindō est revendu à une société de jeux vidéo et publications informatiques et Nagai perd du pouvoir au sein de sa revue, avant de décéder en 1996. En août 1997, la fin du magazine est annoncée. Il reparaît neuf mois en 1998 puis de janvier 2000 à juillet 2002 (bimensuellement à partir d'août 2001) mais le magazine n'est déjà plus lui-même. En 1998, ses auteurs d'alors les plus talentueux partent et fondent une nouvelle revue reprenant les principes de Nagai : AX est né.
Influences
Au Japon
Garo n'est pas un magazine extrêmement populaire mais son influence sur le manga et la société japonaise est considérable ; des mangakas découverts là connaissent le succès ailleurs, des films sont tirés d'histoires publiées dans le magazine, et le design graphique japonais actuel lui doit beaucoup (King Terry, Seiichi Hayashi, Shigeru Tamura). Des articles sur le magazine sont publiés dans des magazines grand public non-manga et, en 1994, le musée municipal de la ville de Kawasaki présente une exposition de ses dessinateurs. Il est la plaque tournante du manga d'« art » au Japon, inspirateur de magazines comme COM, fondé par Osamu Tezuka, ou Comic Baku.
À l'étranger
Dans ses premières années, Garo n'échappe pas au fort désintérêt pour le Japon des autres pays consommateurs de bande dessinée. RAW, la revue d'Art Spiegelman, publie au début des années 1980 quelques auteurs de Garo et, au début des années 1990, Viz Comics publie une partie de Kamui de Sampei Shirato, sous le titre The Legend of Kamui. Blast Books publie également des mangas d'avant-garde, avec des bandes issues de Garo et The Comics Journal publie Screw Style de Yoshiharu Tsuge dans son numéro 250.
En France, il faut attendre l'émergence d'un intérêt pour le manga d'auteur, après la publication en 2002 de Quartier lointain de Jirō Taniguchi, pour que soit consacré un article à Garo dans une revue spécialisée (Neuvième Art, en 2004) puis pour que des auteurs de Garo soit publiés, à partir de 2006, comme Shigeru Mizuki chez Cornélius ou Shin'ichi Abe et Oji Suzuki aux éditions du Seuil. Le prix du meilleur album du Festival d'Angoulême 2007 est décerné à Mizuki pour NonNonBâ. Mizuki célèbre auteur connu pour ses mangas avec des yokai ...
ci-dessous : couverture du Garo de Mai 1968 représentant l'oeuvre de Shigeru Mizuki : "the white flag"

En 2014, la Friche la Belle de Mai à Marseille accueille une exposition collective consacrée à la scène graphique alternative au Japon, « MANGARO », qui s'appuie sur les archives de la revue. Les œuvres des artistes originaux de Garo sont associées aux productions de leurs héritiers, publiés chez Seirin Kōgeisha ou dans les revues AX et mograg.
Mangakas ayant travaillé à Garo
Shin'ichi Abe
Suzy Amakane
Yoshikazu Ebisu (en)
Kazuichi Hanawa
Seiichi Hayashi
Hiroshi Masumura
Ryōichi Ikegami
Takashi Ishii
Susumu Katsumata
Suehiro Maruo
Shigeru Mizuki
Kiriko Nananan
Nekojiru
Shoichi Sakurai
Carol Shimoda
Sampei Shirato
Hinako Sugiura
Oji Suzuki
Kan Takahama
Shigeru Tamura
Yoshihiro Tatsumi
Tadao Tsuge (en)
Yoshiharu Tsuge
Kuniko Tsurita
Shungicu Uchida
Muddy Wehara
Teruhiko Yumura (King Terry)
source : wikipédia en partie : https://fr.wikipedia.org/wiki/Garo_(magazine)




. Sinon niveau projet y a deux autres livres qu'il devrait sortir, à surveiller