il y a plusieurs textes et parfois contradictoires, comme quasiment toujours dans la matière de Bretagne. Et au-delà, Morgan est même un personnage récurrent du folklore qui apparaît dans des textes hors matière de Bretagne dont quelqu‘uns de la matière de France ( récits mythiques autour de Charlemagne ). On va néanmoins laisser ça de côté et s‘occuper de ce qu‘il advient du personnage uniquement dans la matière de Bretagne.
Morgen dans Vita Merlini / Morgane dans chevalier au lion, chevalier à la charette / Morgain dans Erec et Enide, Tristan en prose, Merlin de Boron (manuscrit Huth), la mort d'Arthur et Lancelot du Lac (lancelot graal) / Morguein (dans certaines versions manuscrites du lancelot graal) / Morgue dans la mort d'Arthur et Lancelot du Lac (lancelot graal) / Morgan : Tristan en prose, Lancelot du Lac (lancelot graal), Gauvain et le chevalier vert, Mort d'Arthur (Malory) est surnommée la fée à partir de Chrétien de Troyes dans Erec et Enide et the Fay dans le chevalier vert ou le Fay dans la Mort d'Arthur de Malory.
Présentée en fonction des versions comme Grande-Prêtresse d’Avalon, Reine de Cornouailles de son plein droit dans certaines versions, et Reine de Rheged (parfois de Gorre en fonction des versions). La création du personnage de Morgan doit certainement au croisement d‘influences mythologiques et historiques. Bien qu’elle ne soit pas une fée à proprement parler, elle a des pouvoirs dont la divination et des pouvoirs de guérison. Elle maîtrise toutes les formes de magie dont les plus noires comme la nécromancie et à le pouvoir de se transformer en corbeau. l'appelation le Fay / la fée s'est diffusée car elle est lien avec le monde des fées, où elle se perd, et dans certaines versions c'est aussi une appellation que lui donne les chrétiens car ils prennent les traditions druidiques pour de la magie. par référence à son côté "magique", on utilise l‘expression de Fata Morgana ( on a repris une expression italienne qui veut littéralement dire "Fée Morgane" pour désigner des sortes de mirages maritimes ) à cause des croisés qui en ont été victimes et lui avait attribué ces phénomènes. Du fait de sa position de Grande Prêtresse, elle est la gardienne des anciennes traditions celtes en opposition avec le christianisme grandissant. Cette fonction de gardienne de l‘Ancienne Religion est associée à une branche de pommier, Avalon voulant dire "l'île aux pommes" en celte (la pomme se dit Avallen, d'où parfois Avallon avec deux l aussi pour la fameuse île ) et les branches de pommier, sont symbole d'abondance et de paix. autrement, on a tendance dans les traditions celtiques a l'associer à l'hiver.
Une petite représentation pour illustrer. une vue d'artiste moderne
Les inspirations trés probables sont la chef des 9 dans Prideu Annwn, Modron d'Afallach ( triades ), Morgan, demie-sœur d’Arthwys Brenin, Grande-Prêtresse à Inis Witrin ( Glastonbury ) ainsi que la divinité irlandaise Morrigan, dont le nom en gaélique signifie "la Grande Reine" (dans cette incarnation, elle est associée au destin) ou aussi "née de la mer" tout comme le prénom Morgan (Morgen, Muirgen en ancien gallois et ancien irlandais). ce qui explique l'extrait du chevalier vert, où il la surnomme "la déesse". Quand elle est décrite comme l’antagoniste, elle est épisodiquement opposée à Viviane la Dame du Lac, qui représente une puissance bénéfique.
La première fois où elle apparait sous le nom de Morgane ou une de ses variantes c'est chez Montmouth, qui la nomme Morgen dans sa Vie de Merlin, rédigée vers 1150. il en fait la reine d'Avalon en reprenant des triades galloises.
dans les légendes, le plus souvent, Morgan est entourée de 8 autres prêtresses d'Avalon chargées de veiller sur le sommeil du roi Arthur. Si Geoffrey de Monmouth ne précise pas ses liens de parenté avec Arthur, chez Chrétien de Troyes on aura la précision qu'elle est la demi-soeur d'Arthur, fille d'Ygerne et du roi de Cornouailles Gorlois. Par Gorlois, elle est aussi la soeur de Morgause et Elaine. Ces liens de parenté seront repris par les auteurs suivants. Morgan sera élevée par Uther, après qu‘il ait tué son père, et dans les versions chrétiennes envoyée dans un couvent chez Malory ou bien dans des versions plus marquées par le paganisme elle est initiée par Viviane ( ou Merlin ) à la magie.
Alors que dans les premiers textes gallois qui présentent la légende ( les Triades Galloises ) , et dans Monmouth ou Chrétien de Troyes, le personnage n'est pas un adversaire d'Arthur mais son alliée, la perception change fil au cours du moyen âge et elle devient l'antagoniste dans les versions médiévales classiques et tardives la présentent comme un personnage plus sombre (la Mort du roi Arthur de Malory, Lancelot en Prose ou Gauvain et le chevalier vert). Un changement qui peut s'expliquer par le point de vue chrétien sur le paganisme, considérée comme de la sorcellerie. Elle incarne la femme celte libre et puissante désapprouvée par la société médiévale chrétienne qui en fait progressivement le mal incarné.
Néanmoins, dans des textes du moyen âge central, ses actions maléfiques sont essentiellement motivées par la jalousie et la vengeance. Elle est surprise avec un de ses amants Guyomard par la Reine Guenièvre et dénoncée. Trompée par ce même Guyomard, elle jette un sort à un val, qui sera par la suite nommé Val Sans Retour, où elle emprisonne tous les chevaliers qui ont été infidèles à leur Dame. Les premières versions de cette histoire apparait au XIIe sous la forme des lais de Graelent, Guingemar et Guigemar, où les personnages de Guoymard et Morgan sont plus positifs. Vassal ou neveu d'un roi non nommé, il rejette les avances de la reine jalouse et adultère et devient l'amant d'une fée, considérée comme étant Morgan.
Le moyen âge tardif noircit encore plus le personnage. D’aprés la Mort d‘Arthur de Malory, elle pousse un de ses amants Accolon à tuer Arthur et lui donne Excalibur qu'elle a volée alors qu'Arthur a une copie. Accolon se bat en duel avec Arthur mais c'est Arthur qui emporte le duel grâce à une intervention de Viviane. Accolon est contraint par Arthur de révéler les plans de Morgan. Arthur accepte de pardonner à Accolon, s'il survit à ses blessures. Cependant, Accolon meurt à la suite de ses blessures et Arthur envoie le corps d'Accalon à Morgan en avertissement. Après cet épisode, Morgan dérobe le fourreau d'Excalibur qu'elle avait offert à Arthur pour le protéger des blessures mortelles et le jette dans un lac.
Gauvain et le chevalier vert la désigne comme l'instigatrice de l'enchantement qui a transformé le Sire de Haut-Desert pour en faire le chevalier vert et tester les chevaliers d'Arthur ainsi qu'effrayer Guenièvre qu‘elle hait depuis qu‘elle a brisé sa relation avec Guyomard.
la plus part du temps, elle est la femme du roi Urien, dont elle aura un fils Yvain le chevalier au lion (triades, malory). Alors qu'Accolon se bat contre Arthur, elle tente d'assassiner Urien avec la complicité d'Accolon pour s'emparer du trône avec lui mais elle sera arrêté par Yvain. dans certaines versions on la présente également comme la mère de Mordred, issu d‘une relation incestueuse avec Arthur, mais alors qu'il n'est encore qu'un bébé elle l'abandonne à Morgause pour l'élever. A moitié par vengeance et parce qu'elle est réellement inquiète de l'honneur de son frère qu'elle aime sincérement, elle révèle la liaison adultère de Lancelot et Guenièvre, lors du passage du roi Arthur dans son manoir, où elle avait auparavant emprisonnée Lancelot par vengeance pour avoir brisé le sort du val sans retour. lors de sa captivité, celui-ci a peint sur les murs ses amours avec la Reine. Durant sa captivité, Lancelot obtient de Morgan qu'elle le libère temporairement pour aider Gauvain, prisonnier de Caradoc. Elle accepte mais contre la promesse qu'il revienne se constituer prisonnier après. Après avoir défait Caradoc en duel, Lancelot respecte son serment et se rend à Morgan mais sans dire à quiconque où il va.
Certaines versions sous entendent que si elle utilise Mordred contre Arthur, elle agit ainsi pour protéger l'Ancienne Religion alors qu'Arthur, converti sous l'influence de Guenièvre, représente le roi chrétien et parjure puisqu'il avait prêté serment à Avalon. Finalement, toutes les versions la désignent comme celle qui emmène Arthur à Avalon après la bataille de Camlan, où ne portant plus le fourreau protecteur de son épée, il est mortellement blessé par Mordred. cet épisode final offre ainsi à Morgan une rédemption dans les versions où elle est l'antagoniste. La mort d'Arthur reste incertaine. On dit parfois que Morgan a guéri Arthur de ses blessures et veille sur son sommeil, en attendant qu'il revienne pour sauver les Bretons quand ils en auront besoin.
une représentation de Morgane emmenant Arthur à Avalon (1888), par Frank William Warwick Topham









