Kié la petite peste ( Isao Takahata,1981)

Films d'animation asiatiques. Venez découvrir l'univers des grands réalisateurs japonais : Miyazaki, Matsumoto, Rintaro, Satoshi Kon, Mamuru Oshii ! Pénétrez le monde fascinant des studios Ghiblis ou encore des films d'animation coréens...
Meleor
Les naugrim
Les naugrim
Avatar du membre
Messages : 10866
Enregistré le : mer. janv. 23, 2013 11:01 am
Localisation : Dijon

Kié la petite peste ( Isao Takahata,1981)

Messagepar Meleor » ven. juin 05, 2020 5:54 pm

Image


Kié la petite peste (じゃリン子チエ, Jarinko Chie?) est un long métrage d'animation japonais sorti au Japon en 1981 et en France en 2005. Il a été réalisé par Isao Takahata, avec comme chefs d'animation Yōichi Kotabe et Yasuo Otsuka.
Ce film, adaptation du manga de Etsumi Haruki, raconte la vie d'une fillette, mélangeant des éléments réalistes et des passages comiques.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Kié_la_petite_peste


Allez j'ouvre un topic sur le 2e long métrage d'animation d'Isao Takahata, Panda Petit Panda étant deux moyens métrages. Contrairement à son premier film Horus et à Panda Petit Panda Miyazaki n'a pas participé au film malgré qu'on lui ait proposé. Ce film malgré son graphisme grossier car adaptation d'un manga auquel il veut être fidèle est malgré tout un film marqué de la patte du réalisateur qui semble sublimer le manga de part un certain aspect contemplatif avec des points communs avec des plans à la Oshii sur des flaques d'eau et des vols d'oiseau et une recherche stylistique par l'utilisation de différentes pattes visuelles sur certaines scènes dénotant avec le reste mais aussi de part la profondeur émotionnelle sous-jacente fidèle aux thématiques du réalisateur dans le reste de son oeuvre. On peut déceler des points communs avec Mes Voisins les Yamada et Pompoko pour un certain aspect grivois. Le duel style western à la fin est très recherché artistiquement et plein de profondeur, sublimé par la neige tombant de façon symboliquement chargée de sens. Tout comme la scène d'extrait réel du film le Fils de Godzilla que vont voir Kié et sa mère au cinéma. En sachant que Panda Petit Panda fut diffusé au ciné au Japon après du Godzilla. Cette scène fait d'ailleurs penser à une scène du manga Next World de Tezuka ou on voyait une salle de cinéma avec à l'Affiche Cendrillon de Disney. Sachant qu'il était originaire d'Osaka et que Kiè le film rend hommage à cette ville c'est marrant de faire ce lien entre ces deux scènes dans ces deux œuvres. :mrgreen:



Synopsis:

Kié est une petite fille dont le père tient un petit restaurant dans l'arrondissement Nishinari-ku d'Osaka. Bagarreur et joueur, ce dernier néglige sa famille et son travail et sa femme le quitte, tout en continuant à rencontrer sa fille en cachette. Cette dernière, à huit ans seulement, s'occupe du restaurant tout en essayant de travailler en classe. L'histoire se déroule aussi en partie dans le quartier Shinsekai d'Osaka.





Image

Œuvre originale:

Jarinko Chie est à l'origine un manga écrit et illustré par Etsumi Haruki qui fut publié dans le magazine Manga Action aux éditions Futabasha entre 1978 et 1997. Publié en 67 volumes, il s'agit du 26e manga le plus long jamais créé. En 1981, le titre recevra un Shogakukan Manga Award.


Critique de Planète-Jeunesse:

http://www.planete-jeunesse.com/fiche-1 ... peste.html


Avant d'être un film, Jarinko Chie est d'abord un manga fleuve de 67 tomes, écrit et dessiné par Etsumi Haruki. L'idée de l'adapter en long-métrage émane de la Tokyo Movie Shinsha, qui confie la réalisation à l'un de ses sous-traitants, le studio Telecom. Isao Takahata, qui vient de terminer Goshu le violoncelliste, est alors choisi pour diriger le projet. Il est immédiatement emballé par l'opportunité de réaliser un film qui se démarque des productions du moment (à l'époque, la science-fiction est à la mode).

Le manga de Haruki étant une succession de sketchs, le long métrage n'aurait pas pu respecter sa trame originelle en adoptant une narration classique. Takahata prend donc le parti de décrire dix scènes de la vie quotidienne de Kié et de son entourage, mais en y ajoutant une intrigue qui va lier ces scènes entre elles: le retour possible de la mère de Kié dans sa famille. On notera que mettre en scène une femme qui a choisi de quitter la cellule familiale est un sujet courageux pour le Japon du début des années 80, le problème du divorce étant très sensible à l'époque. D'ailleurs, bien que les aventures de Kié soient très cocasses, il y a un contexte sous-jacent plutôt triste. Ainsi, Kié est une petite fille qui semble très forte mais qui en réalité s'est forgée une carapace pour dissimuler sa tristesse de ne pas vivre une enfance comme les autres. Ses rencontres avec sa mère sont d'ailleurs assez émouvantes. Au final, on rit beaucoup des disputes de Tetsu avec les yakuzas du quartier ou des déboires de Kotetsu, le chat de Kié, mais en toile de fond, se dévoile un quotidien qui n'est pas toujours rose pour ces personnages.

Pour bien retranscrire la particularité du lieu de l'action du film, Osaka (ville du sud-ouest du Japon dont les habitants ont des caractéristiques régionales et un accent très différents de ceux de la capitale), le réalisateur part en repérage sur place et en particulier dans les quartiers populaires où les habitants font preuve d'une grande solidarité entre eux.

Le film n'obtient qu'un succès d'estime au Japon, mais malgré tout, un second long métrage est envisagé, car Takahata avait encore quelques idées qu'il n'avait pas pu exploiter dans le premier. Finalement, c'est une série télévisée qui voit le jour en octobre 1981 et se termine en 1983, au bout de 64 épisodes. Takahata réalise les premiers épisodes mais quitte très vite la production pour s'occuper d'un autre grand projet: la création du studio Ghibli avec son complice Hayao Miyazaki. Une seconde série mettant en scène Kié est réalisée en 1991 et compte 39 épisodes. Toutes les deux sont inédites en France.

A noter qu'en VO le personnage de Kié, se nomme Chie, qui se prononce "Chié". On devine aisément pourquoi le personnage a été renommé dans la VF !

Merci à M.M. pour le cast VF.


Lien vers le long dossier du site Buta-connection excellent site sur Ghibli:

http://www.buta-connection.net/index.ph ... tite-peste

phoenlx
Maître de l'Olympe
Maître de l'Olympe
Avatar du membre
Messages : 340100
Enregistré le : ven. mars 12, 2004 11:41 pm
Localisation : région parisienne
Gender :
Contact :

Re: Kié la petite peste ( Isao Takahata,1981)

Messagepar phoenlx » ven. juin 05, 2020 6:32 pm

Encore un film qu'il faut que je vois, je connais très peu les premiers Takahata
Je crois au Dieu de Spinoza, qui se révèle dans l'ordre harmonieux de ce qui existe, et non en un dieu qui se préoccupe du sort et des actions des êtres humains (Albert Einstein)
Qu'importe la destination c'est le voyage qui compte
Notre histoire deviendra légende
Force et honneur !

Scarabéaware
La communauté de l'anneau
La communauté de l'anneau
Avatar du membre
Messages : 104860
Enregistré le : lun. mai 01, 2006 3:53 pm
Localisation : Twin Peaks, Roanapura, Chimaera, Pyongyang, Coruscant, Galaxy Express 999, Ra Metal, Westworld
Gender :
Contact :

Re: Kié la petite peste ( Isao Takahata,1981)

Messagepar Scarabéaware » ven. juin 05, 2020 8:42 pm

Pareil, il fait partie de mes envies, ça a l'air bien sympathiquement cocasse avec cette petite Kié :mrgreen:.

Meleor a écrit :Ce film malgré son graphisme grossier car adaptation d'un manga auquel il veut être fidèle est malgré tout un film marqué de la patte du réalisateur qui semble sublimer le manga de part un certain aspect contemplatif avec des points communs avec des plans à la Oshii sur des flaques d'eau et des vols d'oiseau


J'imagine que ça doit présenter encore différemment mais oui bien sur bonne idée de mettre ça en avant bien sur pour un peu plus titiller Pho :lol:.
Lao Tseu a dit il faut "couper la tête" de tous les esclaves pour leur faire "trouver la voie".

Meleor
Les naugrim
Les naugrim
Avatar du membre
Messages : 10866
Enregistré le : mer. janv. 23, 2013 11:01 am
Localisation : Dijon

Re: Kié la petite peste ( Isao Takahata,1981)

Messagepar Meleor » dim. juin 07, 2020 1:23 am

Lol en plus dans les bonus Takahata nous dit qu'il préfère s'intéresser à la vraie vie qu'au merveilleux même avec des touches d'imaginaire mais attention il a fini en disant "Mais..... bien sur on peut faire des bons films avec du merveilleux!" Faudrait pas se faire disputer par son pote Miyazaki non plus! :siffle: :PTDR: :PTDR: :PTDR:

Scarabéaware
La communauté de l'anneau
La communauté de l'anneau
Avatar du membre
Messages : 104860
Enregistré le : lun. mai 01, 2006 3:53 pm
Localisation : Twin Peaks, Roanapura, Chimaera, Pyongyang, Coruscant, Galaxy Express 999, Ra Metal, Westworld
Gender :
Contact :

Re: Kié la petite peste ( Isao Takahata,1981)

Messagepar Scarabéaware » dim. juin 07, 2020 12:29 pm

Ah ah c'est sur, il aurait de quoi se faire un peu tirer les oreilles sinon :lol:.
Lao Tseu a dit il faut "couper la tête" de tous les esclaves pour leur faire "trouver la voie".


Meleor
Les naugrim
Les naugrim
Avatar du membre
Messages : 10866
Enregistré le : mer. janv. 23, 2013 11:01 am
Localisation : Dijon

Re: Kié la petite peste ( Isao Takahata,1981)

Messagepar Meleor » mar. juin 23, 2020 1:12 am

Revenons aussi sur ce film par l'analyse de Buta Connection:

http://www.buta-connection.net/index.ph ... te?start=3

Kié, la petite peste : Analyse

Comme pour Horus, prince du soleil, il est fort probable que le film reçoive un lot de critiques élogieuses, teintées cependant des expressions habituelles « mais la technique a vieilli » ou encore « le film a pris quelques rides ». Et pourtant, Jarinko Chie (Kié, la petite peste en français) apparaît comme une œuvre riche et foisonnante qui vaut bien plus qu'un simple regard condescendant.
Véritable petit bijou d'humour et de tendresse, Kié apparaît comme étant l'essence même du cinéma d’Isao Takahata, une source d'inspiration pour toutes les œuvres futures du maître nippon (excepté peut-être Le tombeau des lucioles). Dès le générique, on reconnaît des similitudes avec celui de Mes voisins les Yamada, avec la figuration du jeu de cartes Hanafuda (le jeu des fleurs) :


La narration organisée autour de sketches et la volonté d'un réalisme social évoquent également Mes voisins les Yamada. Et comme pour Souvenirs goutte à goutte, Takahata ne cesse de questionner ce Japon moderne où les valeurs morales semblent peu à peu se perdre. Sur un ton plus léger et un brin grivois, l'intérêt pour les appareils reproducteurs des personnages félins de Kié n'est pas non plus sans évoquer les attributs généreux des tanuki dans Pompoko.
Kié, la petite peste est une véritable merveille, car au-delà d'une animation, Takahata magnie avec brio la mise en scène, insère des clins d'œil cinéphiles subtils (Godzilla, mais aussi les codes du western) et joue sans cesse avec les codes représentatifs et narratifs. Kié, ainsi que tous les autres personnages, sont bien loin de n'être que de simples bouffons comiques dont le seul but est d'amuser le spectateur. Takahata semble nous interpeller sur des valeurs familiales en perdition. Kié est certes une petite fille hilarante, elle n'en demeure pas moins seule face à ces adultes irresponsables et immatures. La place d'une petite fille est-elle derrière le comptoir d'une gargote ? Devrait-elle trouver son seul défenseur et véritable ami en la personne d'un chat ? La maturité est-elle l'apanage de l'âge adulte ? Toutes ces questions sont posées avec subtilité par Takahata, qui mêle habilement regard critique et comique de situation. Ainsi, Kié n'arrive jamais à prononcer le mot « papa » et ne cesse d'appeler ce père irresponsable « Tetsu », sur un ton réprobateur et agacé. Au-delà du comique de la situation, ce simple détail perce à jour la psychologie de notre héroïne et son difficile parcours dans l'existence. Condamnée à ne plus être une petite fille, Kié assume à la fois son existence et celle de son père.
Cependant, malgré un slogan alléchant propre à appâter les parents en manque d'activité pour leurs bambins (« Kié, ta nouvelle meilleure amie ? » dans une écriture enfantine voire infantile), il semble utile de préciser que Kié n'est peut-être pas le film idéal pour un jeune public. Non pas qu'il puisse choquer nos chères têtes blondes (ils voient bien pire au journal de 20 h !), mais surtout parce que l'humour de Takahata demande une certaine maturité que les plus petits auront du mal à cerner.
De même, on ne peut que recommander d'aller voir le film en VO. Ayant pu assister aux deux versions, il apparaît que le doublage de la VF, loin d'être calamiteux, enlève néammoins un charme certain à l'œuvre de Takahata. Loin de l'accent d'Ôsaka, les voix françaises apparaissent bien fades et font bien souvent tomber à plat les situations les plus comiques.
En tout cas, ce film vaut vraiment le détour et l'on ne peut que saluer l'effort de Wild Side Films qui continue de nous proposer des films d'animation rares et d'une excellente qualité. Kié, la petite peste mérite réellement sa place dans le panthéon de l'animation, et s'il ne fallait ne retenir qu'une seule scène, ce serait ce fabuleux duel félin digne d'un Sergio Leone, où derrière l'humour se cache un des génies de la mise en scène et de l'animation. Tout au long de sa filmographie, Takahata nous dépeint une forme de réalisme, parfois dur, souvent drôle, qui est sa marque. Kié ne déroge pas à la règle, il incarne à merveille les aspirations et l'art de Takahata, qui transcende notre réel pour le transformer en poésie visuelle.


Retourner vers « Films d'animation »

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur enregistré et 1 invité