Zombie (de George A. Romero)

Nous trouverons ici le genre très particulier du film ou de la série de zombie, parodique ou non, c'est-à-dire mettant en scène, en général de manière apocalyptique, une situation d'infestion de la race humaine par des zombies, quel qu'en soit le vecteur (morsure, contagion, résurrection morbide, expérience interdite, autres).
Somewhere
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Zombie (de George A. Romero)

Messagepar Somewhere » dim. sept. 19, 2021 10:38 am



Zombie, ou Dawn of the Dead dans son titre original, est un film américano-italien sorti le 2 septembre 1978 en Italie, le 2 septembre 1979 aux Etats-Unis et le 11 mai 1983 en France.

Le monde est bouleversé par la prolifération de morts-vivants, apparus de nul part et que rien ne semble pouvoir endiguer. Alors que le chaos règne, un groupe de quatre personnes se réfugie dans un centre commercial qu'il barricade afin de se protéger des zombies et bénéficier des ressources du centre. Mais alors qu'ils parviennent à contenir la menace des morts, le danger reviendra... Par les humains eux-mêmes.



Zombie est réalisé par George A. Romero, qui revient dans le genre de prédilection qui l'a fait connaître, le film de zombies, après La Nuit des Morts-Vivants dix ans plus tôt. Le projet d'un nouveau film de ce type trottait dans la tête de Romero depuis plusieurs années, mais dans un soucis de rester indépendant, il réalisa d'abord d'autres films afin de réunir les fonds nécessaires à son ambitieux projet de film de zombies se déroulant dans un centre commercial. Il lancera ensuite le film après avoir trouvé une entente avec le réalisateur italien Dario Argento.



Considéré à l'époque comme le sommet du genre, cette nouvelle oeuvre de Romero marqua les esprits par sa violence graphique qui fit que la censure interdisa la diffusion du film pendant près de cinq ans en France, considérant que Zombie relaye une idéologie nazie à travers le massacre de sous-hommes (les zombies donc...). Les effets gores seront réalisé par Tom Savini, un spécialiste des maquillages et des effets spéciaux. Ami de Romero, il avait raté La Nuit des Morts-Vivants car il était alors appelé au Viêt-Nam. Il se rattrapera cependant sur Zombie, film qui le rendra célèbre, y jouant également le rôle d'un biker fou.



Zombie connu plusieurs versions, un montage européen fut en effet supervisé par Dario Argento (qui avait déjà réalisé un montage spécifique pour l'Europe sur le précédant film de Romero, Martin) : la version d'Argento est amputée de dix minutes par rapport à la version américaine de Romero, les plans seront plus courts et le montage plus frénétique que la version de Romero qui incluait beaucoup de plan-séquences. La version d'Argento est également réputée plus violente que celle de Romero, qui aura une vision plus décalée et caricaturale de son oeuvre. La bande originale de la version européenne sera également différente, composée par des compositeurs italiens et par le groupe de rock italien Goblin, habitués à travailler sur les films de Dario Argento.



Zombie est également une satire du mode de vie de la société de consommation à travers le lieu de l'intrigue, situé dans un centre commercial : "Les morts se regroupent dans un centre commercial car ils ont inconsciemment gardés des réflexes de leur vie antérieure" citera ainsi l'un des personnages dans une des répliques les plus cultes du film.



A sa sortie, le film fut cependant conspué par la critique, le considérant comme ridicule et écoeurant. Comme beaucoup de films de l'époque aujourd'hui considérés comme cultes, il faudra attendre les années 2000 et le remake de Zack Snyder sorti en 2004 pour que le film de Romero soit reconnu à sa juste valeur.



Le film de Romero connaîtra toutefois un prequel dès l'année suivante, avec L'Enfer des Zombies réalisé par Lucio Fulci.


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Re: Zombie (de George A. Romero)

Messagepar ZORRO » dim. sept. 19, 2021 8:44 pm

Pour moi ce film reste un des meilleurs du genre même si LA NUIT DES MORTS VIVANTS du même George ROMERO est aussi une réussite...

Oui on a en effet une critique assez directe de la société de consommation et qui peut paraître encore actuelle (avant tout ce merdier bien sûr)...
Le début est un peu déconcertant (je trouve) avec le gang et les flics près du bâtiment même si avant cela on a le débat mouvementé sur les morts revenant à la vie et la pagaille dans les studios...

Après je dois reconnaître que même encore maintenant le film reste marquant (revu y a, je crois, deux ans sur TCM Cinéma)...
Quant à L'ENFER DES ZOMBIES oui on a parfois tendance à le voir comme un "préquel" d'autant que dans la VO et la version anglaise (si je me souviens bien) au tout début le Dr MENARD (Richard JOHNSON) reprend la remarque de l'affiche
après avoir abattu d'une balle dans la tête le zombie emmitouflé dans les draps et attaché
"Quand il n'y aura plus de place en Enfer... Les morts reviendront marcher sur la terre...", en VF il dit "Maintenant le bateau peut partir, prévenez l'équipage...". Ce qui n'est pas incohérent vue la suite...

BREF: un film à voir si on a vu le remake de SNYDER avant (avec aussi des caméos des acteurs de ce film dedans)...
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Re: Zombie (de George A. Romero)

Messagepar Somewhere » dim. sept. 19, 2021 9:47 pm

ZORRO a écrit :Pour moi ce film reste un des meilleurs du genre même si LA NUIT DES MORTS VIVANTS du même George ROMERO est aussi une réussite...


Plutôt une préférence pour Zombie, La Nuit des Morts-Vivants est très efficace mais assez cheap finalement, avec des zombies qui ressemblent plus à des hommes somnanbules qu'à de véritables morts.

Autrement sur le fond, une analyse un peu plus poussé de ce que raconte Romero, traduit d'après un article russe :

Le film peut être compris comme une contestation anticapitaliste, critique de l’aspect politique et économique de la société de consommation. Le zombie dirigé par sa faim inassouvie, être sans conscience, sans raison ou l’âme, guidée pas son avidité il est une incarnation de l'homo economicus de Marx, qui fait de la possession sa seule raison de vie. Son caractère anthropophage, ses pulsions de consommation sans limite, rappellent certaines dynamiques de la société consumériste. On peut également interpréter les zombies comme une meute violente, qui incarne aussi les minorités sociales et raciales perçues comme dangereuses, les immigrés, les pauvres, des sujets donc potentiellement révolutionnaires. Les morts vivants sont une parfaite image de l'aliénation. Il est également symbolique que l'action du film se déroule dans un grand centre commercial. Dans les années soixante-dix aux États-Unis l’époque du consumérisme est à son apogée. Comme c'est mentionné dans le film les zombies cherchent à regagner le centre commercial, car c'est une sorte d'instinct qui leur rappelle leur ancienne activité favorite, le shopping. Le comportement des humains qui s’adonnent à la consommation sans être obligés de payer est également significatif. En profitant de décor de mall Romero dresse un parallèle entre les zombies et les mannequins, mais aussi entre les mannequins et les survivants qui sont eux aussi les victimes zombifiés de la consommation uniforme, privé de la personnalité. La figure de zombie issue de la mythologie haïtienne représente une image d'esclavage. Le zombie occidental est un esclave aussi, mais il n'a plus besoin du maître, et le maître n'existe plus, le besoin de consommer est intériorisé. Face à la foule uniforme et violente les survivants sont peu nombreux et luttent contre la masse inconsciente contaminée, alors que l’état et les forces de l'ordre ont échoué. Le nombre des zombies ne cesse de s’accroître, les survivants au contraire succombent à la maladie en se transformant en quasi objets consommants et consommés. Les humains sont prisonniers, enfermés dans le temple de la consommation au cœur du monde hostile et sauvage. Le zombie devient le maître de l'espace en obligeant l'humain à fuir loin de la civilisation. On ne sait pas où la terre de salut se trouve, mais certainement en dehors de l'espace urbain. Le film révèle une certaine phobie de la ville qui est le résultat et le moteur de la propagation du capitalisme postindustriel. L’espace urbain connotant la civilisation et le progrès est dévasté et angoissant. En nous laissant l’espoir de trouver un refuge loin de la culture moderne de la société postindustrielle, le réalisateur fait quand même en sorte que la perte de l'humanité soit causée par les survivants eux-mêmes qui n'arrivent pas à régler leurs conflits internes, comme le partage du pouvoir ou la stratégie de survie. L’apocalypse zombie montré dans le film est une prophétie métaphorique qui nous dessine la crise de la société postindustrielle, société nécrotique qui se dévore elle-même.


http://www.jourssa.ru/sites/all/files/v ... 2012_6.pdf

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Re: Zombie (de George A. Romero)

Messagepar ZORRO » lun. sept. 20, 2021 9:09 am

Bonjour. Oui mais George ROMERO n'avait pas un immense budget...
En plus on a beaucoup de réutilisations dans ce film-là (la quasi-totalité des musiques de LA NUIT DES MORTS VIVANTS venaient de musiques composées par Herschell Burke GILBERT pour la série western AU NOM DE LA LOI avec Steve Mc QUEEN)...

Dans une interview pour MAD MOVIES vers 2009, je crois, Ken FOREE disait "Il faut aussi avoir vu LA NUIT DES MORTS VIVANTS... J'ai connu Duane JONES qui y jouait le rôle principal et j'étais épaté... C'est la voix de la raison au milieu du chaos... Quand on me parle de ZOMBIE je reparle de ce film et de Duane, je l'ai connu quand il avait tourné ce film j'en revenais pas alors...".
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