• Déconfinement : Restez prudent !!

Baruch Spinoza (+ petit débat sur le déterminisme)

Cette section met le focus sur le philosophe néerlandais Spinoza, personnage fascinant, sa vie, son oeuvre, ses commentateurs. Entrez, et que la joie vous envahisse !
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Messagepar phoenlx » ven. nov. 07, 2008 1:41 pm

Mettez du Spinoza dans votre vie !

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Un livre qui vient de sortir qui se démarque de beaucoup d'autres livres sur Spinoza et le spinozisme, à conseiller notamment à tous ceux qui aimeraient mettre Spinoza en pratique dans leur vie de tous les jours et arriver à appliquer cette philosophie très compliquée à comprendre mais tellement extraordinairement profonde .. (autant dire que , le premier , il me concerne et je vais l'acheter :D ) C'est le premier livre d'une collection nouvelle "Vivre en philosophie" ; Voici la présentation éditeur :


L'architecture monumentale et géométrique de la philosophie de Spinoza peut en effrayer plus d'un. Pourtant, Spinoza n'a jamais eu d'autre ambition que de prendre le lecteur par la main pour le guider vers la Béatitude, c'est-à-dire le plein épanouissement de soi. Sa théorie philosophique est un outil, formidablement efficace, pour changer notre manière de penser, d'agir et de ressentir.

Comment comprendre ses émotions ? Comment trouver sa liberté en assumant ses contraintes ? Comment transformer la tristesse en joie, la dépendance en affirmation de soi ? Comment trouver du sens dans le déroulement insensé de nos vies ?

Les réponses de Spinoza à ces questions nous permettent de mieux interpréter les aléas de nos existences pour pouvoir y faire face.



Un aperçu de la table des matières :
http://www.eyrolles.com/Chapitres/97822 ... homass.pdf

Mode d'emploi !
http://www.eyrolles.com/Chapitres/97822 ... homass.pdf
Je crois au Dieu de Spinoza, qui se révèle dans l'ordre harmonieux de ce qui existe, et non en un dieu qui se préoccupe du sort et des actions des êtres humains (Albert Einstein)
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Messagepar ayoros13 » sam. nov. 08, 2008 5:37 pm

Fred penses tu que dans la philosophie de Spinoza il y a des influence judaique ?

phoenlx
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Messagepar phoenlx » sam. nov. 08, 2008 6:43 pm

C'est difficile de répondre. Spinoza était Juif à la base. Il se destinait même à être rabbin. Il était très versé dans la Bible et dans les écritures (à vérifier mais je crois même qu'il a oeuvré à une traduction de la Torah et tout) donc il baignait dans ce milieu , je pense que c'était quelqu'un de très imprégné culturellement par le judaïsme. Il était aussi fortement passionné de Kabbale.

La Kbalah c'est la mystique juive. C'est un courant d'interprêtation assez spécial ( faudra vraiment que j'essai d'en parler un jour sur le fo car plus je lis des choses sur ça plus ça m'attire aussi j'avoue) dans la Kabbale en gros il y a toute une réflexion sur comment optimiser son rapport à l'infini (Dieu) ; c'est assez mystique et ça fait intervenir des notions un peu complexes comme les fameux sephiroth et tout et par certains côtés c'est pas si éloigné que ça d'un panthéisme
( ---> lire wikipédia, ca donne un peu une idée de ce que c'est :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Mystique_juive )
je l'ai toujours vu perso comme une espèce d'interprêtation quasiment "panthéistique" du Dieu du judaïsme , mais j'y vais peut-être un peu fort et je pense que c'est aussi ma vision spinozienne qui me conduit à dire ça :lol: :lol:

Or la philosophie de Spinoza est une forme de panthéisme. Un panthéisme 100% rationnel certes mais un panthéisme donc je pense (je suis même sur) que ça l'a influencé. D'ailleurs la plupart des commentateurs le disent. On plus on retrouve certaines choses en commun. La kabbale invite un peu à repenser son rapport au monde (et à voir un peu au-delà de la subjectivité, de l'expérience commune, ya toute une réflexion afin de rapprocher l'Homme de Dieu, c'est une sagesse en somme. Or la philosophie de Spinoza elle aspire aussi à être appliquée dans la vie courante comme une sagesse de l'existence , et nous invite à revoir fondamentalement toutes nos idées reçues, mettre à plat nos préjugés, sur ce qu'est le monde, la vie, Dieu, la nature etc et à complètement repenser nos actions en fonction de ça, et notre rapport aux autres, aux choses, afin d'accéder au bonheur et à la plénitude. ya clairement des convergences et des points de ressemblance entre les deux. Donc à ta question, par rapport à la Kabbale (qui est un courant Juif) je dirais OUI : il a été influencé par ça

Mais il faut comprendre aussi que Spinoza c'est le philosophe démarqué des religions par excellence. Il a été excommunié de la synagogue. il était jugé hértétique non seulement par les Juifs mais aussi les chrétiens et tous les milieux religieux à cause de sa notion d'un Dieu assimilé à la nature et immanent à elle, différent du Dieu biblique transcendant. Donc c'est un rapport complexe d'opposition et d'inspiration en même temps je dirais. c'est un peu le libre penseur type, philosophe des lumières par excellence ; amoureux du rationnalisme de descartes (c'est d'ailleurs un peu la lecture de Descartes je pense qui a marqué un peu le point de départ de sa réflexion et le moment où il a commencé à se démarquer sans doute de la vision à priori plus religieuse qu'il devait avoir étant jeune, du fait de son éducation. Donc il faut faire attention en disant que le judaïsme l'a influencé, car il s'opposait aux dogmes religieux, il s'opposait à toutes les religions et philosophiquement il est sans doute plus proche de l'athéisme (certains l'ont accusé d'athéisme mais encore une fois, c'est un peu un raccourci aussi)

En général et moi je m'en rend compte sur certains forums depuis quelques temps : les athées l'aiment pas trop (voire pas du tout) car il est déiste (or pour eux toute idée de Dieu faut même pas en entendre parler lol) et les rleigieux évidement l'aiment pas pour son Dieu si spécial c'est un peu une hérésie pour eux. Je pense que c'est aussi pour ça qu'il est peu connu (ajouté au fait que sa philosophie est super dure. Moi quand je parle de lui sur le forum j'en parle avec mes mots mais ya tout un vocabulaire très compliqué, avec les notions d'attributs, de mode, de substance, de conatus ; et ses livres phares comme l'Ethique sont écrits un peu comme des traités de géométrie (et par certains côtés ils en ont l'austérité , la complexité, c'est plus que rebutant. Ton prof t'en parleras je pense)

C'est décourageant d'entrer dans Spinoza mais c'est profond. Et la complexité de ses réflexions , c'est aussi une manière de ne pas prendre son lecteur pour un idiot en pariant sur son intelligence. Le monde est complexe, Spinoza le sait et sa philosophie est complexe, il ne peut pas en être autrement ...

Dire qu'il a été influencé par sa culture, son milieu d'origine (il était marrane) non seulement donc ça semble assez évident mais je pense qu'il l'aurait avoué lui-même, faut aussi bien se rappeler que c'est le philosophe du déterminisme par excellence. Pour lui nous sommes tous déterminés par une multitude de causes, on croit agir librement mais en fait c'est une illusion (cf notre débat avec Menace) Plus que personne je pense qu'il est conscient non seulement de ce qui fait qu'un individu agit de telle ou telle façon PARCEQUE il a un peu été conduit à ça par mille petits trucs, et y compris la manière dont on pense et ressent le monde et tout. Mais de la même manière je pense qu'il en aurait été conscient pour lui-même et si on lui avait posé ta question il ne l'aurait pas nié je pense.
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Messagepar phoenlx » sam. nov. 08, 2008 7:27 pm

En fait si j'aime personellement Spinoza c'est parcequ'à travers lui je combine un peu toutes mes caractéristiques parfois contradictoires :D

je retrouve un peu à travers lui : ma judéité
Mais aussi mes réflexions parfois sans fin sur l'essence profonde de ma judéité (qu'est-ce qu'un Juif ? en suis-je un ? que suis-je .. )

Je retrouve mon aspiration à la raison, mon attirance pour les sciences et ma vision très "forgée par les sciences" du monde. je la retrouve pas dans les religions.

Je me retrouve pas du tout non plus dans l'agnosticisme qui consiste en gros à douter de tout (même de la raison) : c'est un peu la pensée du "ptetre bien que c'est ça ptetre bien que c'est ci, mais moi je choisis pas" j'aime pas trop ça.

Mais à l'inverse dans l'athéisme je ne retrouve pas non plus certains messages profonds sur le sens de la nature qu'on trouve dans les paroles de gens comme Hubert Reeves et quelques astronomes de notre temps qui ont aussi pas mal forgé ma vision du monde. J'ai un peu grandi avec des livres comme Patience dans l'azur, et je suis quelqu'un qui est facilement émerveillé par la nature (c'est cet aspect aussi d'ailleurs qui m'attire dans un auteur comme Tolkien, pourtant très catholique) Dans l'athéisme, perso je retrouve pas ça, l'athéisme je trouve conduit à une vision froide du monde et par certains côtés déprimante , ça me fait penser au "Dieu est mort" de Nietzsche et même s'il ne l'a surement pas dit dans ce sens, cette phrase bizarrement me met souvent mal à l'aise. Personellement je "ressens Dieu" mais j'ai toujours plutôt pensé que c'était la nature, ou quelque chose de très différent d'un individu qui transcende le monde, qui agit sur lui, qui punit le Bien, le Mal ; Je vois pas du tout le truc comme ça.

Et si justement je suis pas mal attiré par la Kabbale Juive c'est parceque c'est un courant d'interprêtation très particulier. ya toute une sagesse , toute une réflexion sur ce qu'est l'homme au sein de la nature, comment la communication entre le divin et l'individu s'opère, et j'avoue que pour m'être parfois un peu plongé dans des ouvrages sur la Kabbale , ça m'attire beaucoup , je retrouve pas mal ma vision, je retrouve aussi certaines choses qui m'attirent dans certaines philosophies asiatiques (bien que ce soit différent) et comme je disais il y a je pense cette "patte kabbalistique" chez spinoza , tout comme j'ai toujours pensé mais c'est une analyse un peu personelle qu'il y a une espèce de "patte asiatique" (et ton prof, dont tu me parlait , qui est attiré par les deux, semble me donner raison)

C'est un peu pour toutes ces raisons, je retrouve en fait dans lui pas mal de choses qui m'attirent, et je les retrouve je dirais avec encore plus de profondeur, et , parfois, les contradictions en moins , ou certains aspects mystiques en moins.


Et hormis tout ça , une autre grande quête récente dans ma vie c'est un peu la quête du self contrôle. Je suis quelqu'un d'assez impulsif j'avoue. Un peu enflammé, facilement passionnel, notamment sur les forums (surtout même sur le net ! ) facilement "explosif" !!! Et j'ai toujours eu une espèce de rapport d'attirance / répulsion avec certaines philosophies qui poussent au self contrôle, et prétendent donner des clé (les philosophies d'Asie par exemple, mais je pourrais parler de certains conseils que m'avait donné dans le temps Fullstorm quand il me parlait un peu de son expérience scientologue, et de ce que ça lui avait apporté)

En quête du self contrôle pour moi-même j'avoue qu'à travers le spinozisme c'est pas seulement une métaphysique en adéquation avec ma pensée rationnelle et mes réflexions philosophiques sur le monde que je retrouve, c'est aussi une espèce de CHEMIN pour être plus heureux. Etre plus détaché par rapport aux choses. parvenir à aimer ou essayer de comprendre ce qu'avant j'aurais sans doute facilement haï. J'en suis encore loin et je suis comme tout le monde soumis à un déterminisme qui me freine pas mal dans cette quête, mais spinoza est une manière d'y arriver en douceur je pense. Quand je dis que c'est une philosophie qui pourrait aider le monde je le pense.

Pas forcément évidement les gens qui pensent déjà avoir atteint l'équilibre, que ce soit dans l'athéisme ou dans les religions. Et yen a (même si on peut toujours se poser la question de savoir si les gens ne se mentent pas à eux-même !! Quand on voit comment le monde va de travers ya de quoi s'interroger sur l'équilibre mental des masses) mais surtout pour tous les autres, les déprimés, les fous, les violents, les impulsifs, les criminels, les ben Laden lol les illuminés de la religion qui en viennent au fanatisme aveugle et aux pensées dangereuses, à l'instinct de domination ou de haine, à l'instinct de contrôle etc ; Spinoza je pense s'adresse à tous ces gens, pour remettre les pieds sur Terre ; oublier une fois pour toute que mourir pour allah dans un bus c'est complètement absurde, faire oublier aussi à l'adolescent athée déprimé par le monde et par tous ses préjugés anti-religion qui tourne à la connerie et parfois à la connerie suicidaire que le monde est plein d'espoir mais qu'il faut savoir porter le regard précisément là où beaucoup de gens ne regardent pas.

C'est ça que veut dire ton prof quand il dit que tous les matins il opère un rituel spécial avant d'aller en cours. Il n'est pas si fou. Etre fou c'est l'inverse, prendre le métro et suivre le mouvement comme un robot , la tête stressée , à la poursuite du bus, du RER en grêve, et au bout d'un moment ne même plus avoir en tête que c'est un mode de vie ... pas très sain et normal

C'est exactement donc ce que tu disais en parlant de retour à la vie simple. Tu vois qu'en fait on est d'accord lol

C'est un peu ce chemin vers l'équilibre que j'aime bien aussi chez Spinoza. je ne prétend pas y arriver mais j'essai :lol: et fréquenter le forum des spinoziste là depuis quelques semaines, j'aime bien :) Ils sont limite effrayants eux tellement ils sont calés sur le bonhomme, mais j'apprend pas mal à lire leurs réflexions.

Et en plus comme je disais ya quelque mois Spinoza m'a aussi permis l'année dernière de piger qu'il y avait un truc commun dans pas mal d'oeuvres au cinéma, en manga, en littérature et autre que j'aimais, à savoir justement cette réflexion panthéiste. Le rapport de l'individuel au Tout. Même si c'est très mystique et l'inverse de mes réflexions rationnelles, on retrouve ça même dans Saint Seiya avec les histoires de cosmo-énergie , les saints unis entre eux pour se dépasser , le dieu Chronos originel qui forme l'univers (c'est très panthéiste) , l'histoire du microcosme dans le macrocosme dont parle Marine au tout début de l'oeuvre , l'union profonde entre l'homme et l'environnement, les interractions entre nous et le Tout. C'est un tort je pense provoqué par l'évolution de l'homme naturel vers l'état d'homme civilisé et social que d'avoir progressivement glissé vers cette pensée du monde dualiste qu'on a tous (par déterminisme social) pensée qui nous fait oublier qu'on vient de la nature, qu'on EST la nature ; Et c'est cet oublie qui nous conduit au non-respect de l'environnement, et même en fait des autres car en fait on est quelque part tous liés les uns aux autres aussi ; En glissant vers des raisonnements du style : Il y a moi et le reste en dehors de moi, on peut glisser vers l'égoïsme , les raisonnements auto-centrés (qui conduisent à l'anthropocentrisme des religions, selon moi) ; Spinoza incarne à mes yeux une manière de retrouver l'union qu'on a perdu , donc un chemin possible vers plus de fraternité humaine, plus de compréhension mutuelle, la fin de certains préjugés et déterminismes sociaux (mais sans pour autant verser dans des raisonnements simplistes du genre : il faut revenir à l'état de nature ; Et j'avoue que là il y a une subtilité que j'ai encore du mal à bien expliquer avec mes mots à moi ...
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Messagepar phoenlx » lun. nov. 10, 2008 12:54 am

Robert Mizrahi parle de Spinoza
(extraits de discours)
cliquez ici

Faut s'accrocher si on n'a jamais trop plongé dans les écrits de Spinoza mais ce petit résumé sonore en quelques minutes est assez bien foutu.
( Quoique pour vous rassurer il y a des points obscurs que j'ai encore du mal à saisir moi-même ! )
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Messagepar phoenlx » ven. nov. 14, 2008 10:43 am

Nouvelle lecture ! Ca va peu surprendre, mais j'en parlais dans le topic sur Spinoza et voici ma nouvelle lecture !!!

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Livre qu'on pourrait sous-titrer par " Mettez du Spinoza dans votre vie" ou " Spinoza en pratique" !!! Je l'ai commencé hier et je crois qu'il va devenir vite un de mes ouvrages de référence dansma bibliothèque (même s'il se lit très vite !) Qu'est-ce que le spinozisme ? c'est d'abord comprendre que le désir est l'essence même de l'homme. Ce livre nous aide à appréhender le torrent d'émotions qui nous submerge sans cesse afin de transformer notre vie, transformer la tristesse en joie, comprendre les nombreux déterminismes qui nous guident, sans les juger ni essayer de mater certains désirs (comme les religions peuvent parfois le prôner) Bien au contraire, pour Spinoza, désirer c'est exister, sans désir il n'y a plus de vie car un être sans désir serait tout simplement Dieu lui-même ( c'est à dire : la nature dans son ensemble) et l'être humain ne pouvant être la totalité, il est par essence un être qui désir, et un être d'amour ...

Les premières pages s'attachent à fixer le problème, les chapitres suivants abordent les solutions, et la dernière partie de l'ouvrage aborde cette fameuse métaphysique (qu'on appèlera panthéiste pour faire simple) ;


Je l'ai commencé hier soir et les simples premières pages où l'auteur décrit ce qu'est l'Amour, le désir m'a évoqué tellement de choses de ma vraie vie ( certaines de mes expériences amoureuses, certaines de mes passions, comme celle des Myth Cloth et autre) que je ne pourrai pas laisser tout ça comme ça et un de ces 4 je vous concocterai un petit résumé de tout ce que j'ai appris, c'est littéralement vertigineux !!!

Je conseille ce livre à tous, il va changer votre vie !!!! C'est un livre de philosophie simple à lire car l'auteur emploit un langage et un vocabulaire à lui, très différent du vocabulaire souvent compliqué de Spinoza lui-même. C'est une sorte de "vulgarisation de Spinoza" ( peut-être avec des faiblesses d'ailleurs du coup mais c'est une question que je me poserai plus tard, pour l'instant je suis un peu en contemplation "béate" par rapport à ce que j'ai appris (si vous me permettez un jeu de mot :lol: )

C'est un livre de sagesse, c'est un livre de métaphysique, c'est un livre abordant l'éthique et le sens de la vie A conseiller à tous ceux qui perdent parfois courage devant la vie et recherchent un sens à l'existence !! Vous n'en sortirez sans doute pas le même !


Au passage grâce à lui hier soir j'ai enfin réussi à "analyser" ma dernière relation amoureuse, et j'ai une espèce de vague impression : je me demande un peu si quelque part je n'étais pas encore un peu "tiraillé" jusqu'à hier (mais en essayant de mater ce tiraillement et de l'étouffer par une sorte de dictature intérieure) et en me couchant une espèce de joie et de compréhension sereine par rapport à ce truc (qui m'avait mis en dépression plusieurs semaines à l'époque) m'a envahi. Et je vous CERTIFIE que c'est vrai lol


Avant de commencer à le lire le spinozisme était ma philosophie mais j'avais quelques %age de doute, ils ont presque complètement foudu hier !!! Et j'en suis au début du livre !!!!!
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Messagepar ayoros13 » ven. nov. 14, 2008 10:52 am

t'es pire qu'un religieux qui fait du prosélytisme :lol:

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Messagepar phoenlx » ven. nov. 14, 2008 5:32 pm

Voyons ça lol

t'es pire qu'un religieux qui fait du prosélytisme


Le prosélytisme (du latin ecclésiastique proselytus, du grec προσήλυτος prosêlutos, "nouveau venu") désigne une insistance ardente en vue de rallier des personnes à une cause.

Si la "cause" défendue serait l'espèce de partage de ma "joie spinozienne" et de la transmission de la lumière que je ressent à travers la vision du monde qui émane de cette philosophie, dans ce cas précis, tu as raison !! Car quand je parle de cette philosophie (et avec insistance) Spinoza lui-même dirait que je poursuis deux buts un peu liés :

Le premier but c'est vous rendre heureux , augmenter votre joie,
le deuxième but étant augmenter ma propre joie !!! sachant que l'un implique l'autre et vis versa !!

le second but , augmenter ma propre joie, est à la fois altruiste et égoïste (comme toute action en gros d'après Spinoza ! ) Altruiste car il vise à votre bonheur ! Egoïste car il vise aussi un peu à ma satisfaction personelle, du fait que si j'agis ainsi c'est pour éprouver moi-même cette joie de transmettre , qui découle de mon conatus autrement dit cette tendance , cette aspiration à persister dans mon être et à augmenter ma "Puissance d'agir" !!!

Ce qui me rend heureux , en l'occurence, c'est le processus d'essayer de transmettre ce que cette philosophie a de beau, et aussi d'essayer de transmettre, de véhiculer cette joie qu'elle me procure, sachant que je sais par principe que cette joie est communicative :)

Cette faculté à essayer de transmettre, c'est donc un désir qui émane de moi et auquel je ne peux pas échapper, par définition, mais c'est un désir qui me rend heureux et dont j'essai d'optimiser l'action afin qu'il vous rende heureux aussi. Comment ? En essayant d'en parler de diverses manières afin que cette philosophie vous éclaire aussi et pour celà, qu'elle commence par être compréhensible et décrite de manière juste (ce que je ne prétend pas forcément faire correctement ! )

Donc, j'accepte évidement ta remarque, d'après la première partie de la définition wikipédia du prosélytisme !! Je fais en effet du prosélytisme, tout comme tu fais du prosélytisme chrétien de temps en temps, et tous deux, en faisant ça , le faisons parceque notre nature nous y pousse, et afin d'essayer de véhiculer une espèce de joie que les deux doctrines respectives nous procurent (le spinozisme et le christianisme !! )

Il ne sert donc à rien , ni pour toi de radoter sur le fait que je fais du prosélytisme , ni moi par rapport au fait que Nico ou d'autres ou toi en fassent parfois avec moi car on est TOUS déterminés à le faire !!! Tout comme l'islamiste radical est déterminé à en faire et c'est aussi sa nature, lui qui est conditionné par son interprêtation extrême du Coran , dont il pense qu'elle lui accordera le salut dans l'au-delà (donc toujours cette même espèce de recherche de la joie, de la béatitude, de la persévérance dans l'être mais prise dans une mentalité dualiste cette fois c'est à dire dans la perspective où la vie se poursuit après la mort (donc est infinie)
et on pourrait faire le même raisonnement avec d'autres intégrismes religieux prosélytes !

Du prosélytisme ? On en fait tous. Pour tout et n'importe quoi. Pour tenter de rallier d'autres personnes à une religion, une philosophie, à l'amour d'un film, d'une passion (j'en fais moi-même sans arrêt par rapport à Saint Seiya !! )

La raison est simple, on cherche simplement à faire connaître à d'autres personnes des choses qui nous rendent heureux et nous éclairent. A la fois pour la joie potentielle que ces choses peuvent procurer chez les autres mais aussi par un subtil mécanisme d'aller-retour pour la propre joie qu'on ressent dans la transmission et dans la "communication réciproque de la joie"
(Il est par exemple toujours plus agréable de partager une passion , un amour , avec une autre personne , ne serait-ce que pour en parler longuement , comme on le fait pour saint seiya, c'est évidement ce qui motive le fait que les fans des séries et autre se réunissent sur les forums internet et que ces derniers ont tant de succès ; c'est une manière de se mettre tous ensemble, de partager , afin d'augmenter encore plus notre propre joie à travers ces mécanismes de transmission / réception.

C'est comme ça que la vie marche que tout marche dans la nature, l'homme recherche toujours ces espèces de symbioses avec les autres, c'est pour ça que les sociétés humaines un jour se sont créées, et c'est aussi ce qui prouve que nous sommes par essence des êtres altruistes. Nous sommes portés à aller vers l'autre, nous sommes naturellement portés à aimer l'autre.

Tu es sur ce forum pour les mêmes raisons. Tu l'aimes car pour toi il est une espèce de tribune, pour tes idées politiques , éventuellement religieuses. Moi aussi. Tu es là parcequ'on partage la passion pour Saint Seiya en plus, et que quand tu veux parler de la série, ca t'es plus agréable d'en parler avec moi (et les autres fans). D'autant plus que tu es viré de certains autres forums saint seiya. Tu es là aussi parceque tu aimes parfois faire l'intéressant, te faire remarquer, faire un peu le clown. Parceque quand tu fais le clown tu éprouves toi une espèce de joie et ce que tu aimes c'est la manière d'essayer de transmettre cette atmosphère qui habite ton esprit.

A la fois en amusant la galerie et aussi (pour ceux qui n'apprécient pas ton humour) en essayant de les changer car c'est au fond ce que tu aimerais : que quelque part tout le monde devienne aussi "léger" que tu l'es parfois dans tes posts, afin d'augmenter l'esprit de déconne ambiant, et donc d'augmenter encore plus ta propre joie (ce qui est égoïste, mais paradoxalement altruiste en même temps car quelque part tu cherches aussi à nous libérer d'un certain sérieux , même si évidement , tout ce que je viens de dire, tu n'en as pas conscience)

Sans le savoir, tu fais aussi du prosélytisme en essayant de gagner les gens à ton caractère, tu aimerais nous uniformiser un peu sur toi !!!! Ou uniformiser le forum en jetant dehors par exemple ce qui ne te ressemble pas (et c'est toujours un peu le même mécanisme qui est que tu recherches avant tout la joie, en l'occurence la joie d'éprouver ouvertement ta joie sans être inquiété ; faire les remarques que tu veux etc.

Du prosélytisme on en fait sans cesse. Nous sommes des êtres de désirs, nos désirs , auxquels on ne peut échapper (la seule chose qu'on peut faire, c'est de parvenir à "désirer plus intelligemment" en réfléchissant justement de manière rationelle à nos désirs pour les COMPRENDRE) nos désirs, nos passions, provoquent en nous à la fois des sentiments de joie et de peine (la peine venant souvent soit d'un désir non assouvi, soit d'un désir pour une chose qu'on croit aimer pour ce qu'elle est alors qu'en fait c'est à autre chose que notre désir s'applique, par exemple un souvenir associé à une chose, ou une personne aimée.

Nous sommes désirs !! Si on ne désirait plus, on ne vivrait plus. La vie chez Spinoza se définit par le désir ( En l'occurence le désir de persister dans une joie optimum) Faire du prosélytisme, c'est déjà partir du principe que l'individu en fait CROIT à la doctrine , ou la chose qu'il cherche à faire connaître. je crois en effet profondément au spinozisme.

Faire du prosélytisme c'est donc aussi une conséquence logique de ce désir consubstantiel à notre nature puisque c'est une manière d'essayer de regrouper des gens autour de soi, de ses idées, afin de former un réseau plus large , et ce principe de l'union nous rend encore plus joyeux , donc VIVANT.

C'est ce même principe qui m'a motivé lorsque j'ai créé ce forum. la joie du partage, de la discussion. C'est comme ça que les hommes de tout temps peuvent s'enrichir intellectuellement, mais aussi sur pas mal d'autres plans, il y a le bonheur simple et basique de discuter avec des personnes qui sont différentes de soi et dont l'expérience de vie peut toujours être enrichissante.

c'est ce même principe qui pousse beaucoup d'animaux à se réunir en meutes, en fourmilière, en société ou autre. C'est ce principe qui explique qu'internet marche si bien et se répand en devenant de plus en plus complexe (et vivant d'une certaine manière) C'est ce même principe qui a conduit les animaux unicellulaires dans l'océan primitif à s'assembler pour former des organismes à plusieurs cellules, dont nous descendons tous des premiers.

c'est ce même principe qui opère déjà en chimie simple lorsque des atomes s'assemblent en molécules dès qu'ils le peuvent, les molécules en molécules de plus en plus complexes, et c'est ainsi qu'un beau jour après des millions d'années sur Terre, l'ADN fut créé.

C'est ce fameux principe si bien décrit par Hubert Reeves quand il dit que la matière a tendance à s'organiser, à "chercher" à créer des structures complexes !

Donc oui je fais du prosélytisme et j'en suis heureux car je sais que c'est ce qui contribue à me faire vivre (parmi tellement d'autres choses) !!!!!! Et je sais aussi que je ne peux y échapper car c'est ma nature d'être humain donc d'être de désirs et de passions, donc d'être cherchant à transmettre ces passions aux autres pour leur côté positif afin d'augmenter ma propre joie en espérant un retour des autres !!! c'est une attitude à la fois altruiste (au sens radical) et égoïste et nous sommes tous un mélange des deux : altruisme / égoïsme !
Je crois au Dieu de Spinoza, qui se révèle dans l'ordre harmonieux de ce qui existe, et non en un dieu qui se préoccupe du sort et des actions des êtres humains (Albert Einstein)
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Messagepar ayoros13 » ven. nov. 14, 2008 6:34 pm

Fred s'il te plait : ferme ta gueul mdr

Je sais tout ce que tu me dis, ma remarque n'était que pour te titiller mdr et toi tu me répond par une tartine :lol:

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Messagepar phoenlx » ven. nov. 14, 2008 7:10 pm

Ben je sais bien mais j'en profite pour éprouver un peu le spinozisme lol et montrer justement que ya rien de péjoratif au fond dans le fait de faire du prosélytisme on est tous quelque part guidés à agir ainsi ! ;) Tu en fais sans cesse ! Moi aussi !
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Messagepar phoenlx » sam. nov. 15, 2008 10:55 pm

J'avance dans ma lecture de "Etre heureux avec Spinoza" ... Et je vais bientôt finir le livre (ce soir je l'aurai probablement terminé, je l'ai quasiment dévoré en une apres midi ... ) Je viens de lire un passage que j'attendais beaucoup car j'avoue que c'est ce qui continuait jusqu'à récemment à me troubler un peu (voire me faire douter du spinozisme) : l'existence du Mal.

En fait pour Spinoza il n'y a pas de bien et de mal. Ca n'existe pas, ce sont des idées fausses et inadéquates. Tout ce qui arrive s'explique et tout agit nécéssairement. On ne doit pas juger ce qui nous parait mauvais, il faut en fait le COMPRENDRE et c'est ce qui conduit quelque part à agir plus intelligemment par rapport à toutes ces choses qui nous nuisent

En gros (par rapport à l'islamisme par exemple, une question qui j'avoue me taraude souvent) ce que je déduis du paragraphe que je viens de lire c'est l'idée que Ben laden ne fait pas le mal. On ne doit pas le juger comme un être maléfique ; il agit d'une manière telle qu'il ne peut pas agir autrement. Il est déterminé à agir ainsi. A cause de mille facteurs qui l'influencent.

Ce qu'il faut , c'est comprendre qu'est-ce qui l'a amené a agir ainsi,
comprendre en quoi l'islam radical est un danger pour l'ensemble de l'humanité, ou plutôt, pour le dire plus justement, quels sont les mécanismes qui font dériver certains vers l'islam radical , et ensuite agir de la sorte. Et c'est la compréhension (la connaissance) de ces mécanismes qui nous permet d'apporter les VRAIS remèdes.

Après chacun extrapole ça devient de la politique : On peut affaiblir cette tendance grâce à une éducation éclairée, en augmentant les conditions sociales de certains pays pour que certains paumés en viennent à ce genre d'actions extrêmes, on pousse à adopter une vision éxégétique du Coran afin que les praticiens de cette religion adoptent TOUS de plus en plus une vision plus pacifique de leur religion, allégorique etc (mais bon Spinoza en tant qu'anti-religieux et je le rejoins, dirait sans doute qu'à terme c'est bel et bien la fin véritable des religions qu'il faut souhaiter et qui serait salutaire et que l'homme raisonnable devrait pousser à aller en ce sens .. )

Autre action concrête : on explique de manière juste et claire en Palestine que les Juifs ne sont pas des ennemis des palestiniens , non seulement en parlant de manière juste (et sans propagande antisioniste) du sionisme, de l'histoire juive, mais aussi en même temps ... de la philosophie de Spinoza (qui nous explique justement que ya pas de vrais ennemis !!!! ) De cette manière les arabes un jour comprendront que les Juifs ne sont pas des ennemis et ne mettront plus de bombes (et même chose faudrait expliquer ça aux Juifs qui voient certains en face comme des êtres diaboliques en oubliant qu'ils sont portés par leurs déterminismes)

Mais tout ça c'est de la politique, l'idée reine est qu'il faut commencer par COMPRENDRE , et alors, l'action raisonnable en découle et plus la compréhension d'un phénomène sera fine, plus l'action qui en découle sera raisonnable.

Si le monde va mal, pour Spinoza, c'est parcequ'on est souvent endormis sur les vrais mécanismes du monde (dans le cas de l'islam radical on dirait que pas mal de personnes à notre époque sont endormies sur le fait que ça peut conduire à beaucoup de morts dans le futur à cause de la notion de Jihad interprêtée de manière extrêmiste et tout) L'idée reine est donc bel et bien de commencer par nous réveiller de notre apathie, sans haine de l'autre mais en posant un regard lucide sur les choses (pas en faisant semblant de ne pas voir comme beaucoup font)

De la même manière on peut dire qu'Hitler était déterminé à agir ainsi ! ( c'est vaguement ce que raconte Eric Emmanuel Schmitt dans son livre : si Hitler avait gagné son concours de peinture, il aurait évolué différemment) L'idée n'est pas de condamner Hitler mais de comprendre pourquoi il est devenu comme ca (comprendre pour éviter que ça ne se reproduise à l'avenir)

Quelque part je trouve ce principe beaucoup plus utile et sain que la manière religieuse de voir (le mal c'est mal, faut condamner etc) c'est souvent malheureusement ce qui conduit aux réactions en chaine et ce qui fait qu'on ignore les vraies causes des choses. Dites moi si je caricature mais il me semble que c'est pas mal à celà que mène la vision dualiste : Il y a le Bien d'un côté, il y a le Mal de l'autre ; Dieu tranchera entre les deux. C'est un discours complètement irresponsable et déraisonnable pour moi.

Il y a pas longtemps un ami religieux chrétien ( à propos de discussions sur un forum sur Israel où j'essayais comme souvent de défendre Israel contre les attaques antisionistes) me disait : ne t'en fais pas, ils bruleront tous en enfer ! Car ils sont dans le faux, ils sont maléfiques, Dieu les jugera , on n'a pas à s'en faire.

Je trouve que c'est un discours déraisonnable ; c'est paradoxalement ce genre de discours qui font que des catastrophes arrivent sur Terre. C'est peut-être aussi pour ça que tant de Juifs se sont laissés conduire à l'abatoire en 39-45. J'imagine que beaucoup devaient malheureusement être un peu endormis par leur religion et se dire que Dieu empêcherait celà.

J'aime Spinoza parceque dans sa vision des choses on n'a justement pas ce genre de paradoxes, d'absurdités.

Pendant longtemps j'ai moi-même eu tendance à diaboliser Hitler (et il m'arrive encore de le faire, car comment "rattraper" un être comme ça. C'est dur. Mais j'ai subtilement changé d'avis lorsqu'au cinéma j'ai vu des films comme Max qui cherchaient un peu à l'"expliquer" (avec d'ailleurs des sacrés polémiques)

En ne réfléchissant pas sur : Pourquoi Hitler est devenu ce qu'il est devenu ? , en le diabolisant on en fait un être à part, quelque part on l'érige au rang d'exception humaine et c'est ça qui est dangereux. Et quelque part on prend le risque d'en créer un nouveau, en étant à nouveau aveugle aux mêmes mécanismes qui ont conduit à son émergence. Car on pourrait tous devenir un jour des Hitler... ou des ben Laden)

En fait Spinoza non seulement est le précurseur de l'Etat démocratique moderne (l'inverse des dictatures et des tyrannies, ses idées ont beaucoup influencé la création des républiques) mais je pense que par rapport aux clivages actuels, ce serait probablement un penseur de gauche (même si je m'avance un peu en disant ça, car il y a par exemple dans l'idée libéraliste , assez de droite par essence, quelque chose qui est très spinozien aussi ... )

De même dans l'idée qu'on retrouve souvent à gauche de ne pas vraiment juger les criminels, mais de plutôt se concentrer sur : comment faire pour qu'ils évoluent et nuisent moins à la société (et la gauche répondra en gros : en essayant d'améliorer leur environnement, dans les prisons, améliorer les conditions des banlieues pour éviter que des criminels banlieusards n'émergent) il y a quelque chose je pense d'assez spinoziste mais encore une fois c'est compliqué de l'affirmer avec certitude car Spinoza le premier rappèle qu'il y a certains individus qu'il faut malheureusement écarter à cause de leur potentiel de nuisance.

Sans nous inciter à émettre un jugement sur eux, je pense qu'il nous dit en substance que l'action raisonnable consiste à essayer de réduire leur nuisibilité : Comment ? Encore une fois ce serait de la politique, la droite répondrait : en les enfermant , ou en les condamnant à mort, la gauche dirait : en les soignant, en essayant de les faire changer avec douceur et humanité.

Spinoza nous répondrait sans doute : ça dépend des situations et il faudrait adapter notre réponse en fonction des cas.

Toutes ces choses vous paraîtront sans doute un peu triviales, mais elles prouvent justement à quel point ce penseur à son époque était moderne, à quel point il a influencé nos états démocratiques, et par bien des côtés il est même carrément futuriste je pense.
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Messagepar phoenlx » lun. nov. 17, 2008 12:52 am

Dans ce topic j'aborderai de temps en temps des questions transversales et des "ponts" entre Spinoza, et d'autres personalités célèbres (spinozistes affirmées, ou dont la pensée semble se rapprocher du spinozisme)

Je le ferai pour commencer avec Albert Einstein , et je citerai ce texte de Gustavo Cevolani ( ce post est aussi une réponse à Nico qui il y a quelques jours me disait qu'Einstein croyait au Dieu Biblique ! C'est bien sûr faux ;) Einstein ne croyait pas au Dieu des Juifs.
Mais ceux qui affirment parfois qu'Einstein était athée le caricaturent aussi ( en général les athées l'affirment :lol: ) Einstein avait une conception métaphysique de l'univers très proche de celle de Spinoza, de son propre aveu à plusieurs reprises....


Einstein et Spinoza

Par Gustavo Cevolani, (Aedes Spinoziana)

[Ce texte est traduit de l’italien. Il est publié dans le numéro de mai 2001 du bulletin Ethica et disponible sur le site http://www.fogliospinoziano.it/]

Une confrontation entre Spinoza et Albert Einstein, génial scientifique du début du xxe siècle et père de la physique contemporaine, pourrait sembler hasardeuse s’il n’y avait pas le très grand nombre de citations qu’Einstein lui-même dédie au philosophe dans ses ouvrages non strictement mathématiques. Ce fait pourrait à son tour apparaître comme rien d’autre qu’une curiosité, mais c’est en réalité l’indice d’une profonde familiarité du physicien allemand avec la pensée et les idées de Spinoza, comme je voudrais le montrer dans les brèves notes qui suivent.

Je crois que les principaux fils qui lient Einstein à l’expérience intellectuelle de Spinoza sont au nombre de trois. En premier lieu et au niveau général, le sentiment qu’Einstein appelle "religiosité cosmique" ; lié à celui-ci, la conviction "métaphysique" d’une causalité physique complète ; et enfin, à un niveau biographique même, l’appartenance à cette "communauté des hérétiques" qu’Einstein entendait partager avec le philosophe d’Amsterdam. Dans les lignes qui suivent, je chercherai à illustrer ces points au moyen de plusieurs citations des œuvres d’Einstein et de quelques brefs commentaires.

La religiosité cosmique[1] est l’expression la plus haute du sentiment religieux de l’homme, en tant qu’opposée à l’ensemble des normes et doctrines qui constituent, inversement, la religion traditionnelle. Selon Einstein, toutes les doctrines religieuses conventionnelles, telles qu’elles sont incarnées par les diverses églises existantes, sont erronées en tant qu’elles sont dogmatiques et par là opposées à la pensée rationnelle et à la science. Une telle réfutation, toutefois n’équivaut pas ni ne porte à l’athéisme, à moins que par "athée" on ne veuille désigner celui qui ne croit pas en dieu anthropomorphe et agissant dans le monde en tant que sujet supérieur et distinct.[2]

Les dogmes traditionnels étant exclus, reste pour Einstein un sentiment religieux plus général et plus profond, commun à tous les hommes, impersonnel mais non opposé à la pensée rationnelle et scientifique et duquel les doctrines traditionnelles elles-mêmes ont peut-être tiré leur origine.[3] Un tel sentiment consiste dans la reconnaissance d’une unité dans le monde ou dans la nature, une sorte "d’harmonie préétablie" leibnizienne qui se révèle en premier lieu dans notre connaissance du monde lui-même.[4]

Précisément, dans la connaissance scientifique, c'est-à-dire dans la connaissance rationnelle des liens de causalité entre les choses, Einstein trouve les fondements tant du refus de la religion conventionnelle que de l’interprétation correcte du sentiment religieux, et conséquemment de l’éthique et de la morale. Pour le scientifique, en effet, les mêmes lois générales causales de la physique gouvernent tous les évènements naturels : de la chute d’une pierre, au lancer d’un projectile et jusqu’à la volonté humaine elle-même. En ce sens, la nécessité physique exclut par principe l’existence d’un être d’un être supérieur, semblable à nous et qui, sur un mode semblable au nôtre peut agir dans la nature et en dehors de ces lois nécessaires. Les religions traditionnelles, basées sur une telle image de l’être suprême sont donc tout simplement dans l’erreur ; un accord entre science et religion est alors impossible et, dans la confrontation, la dernière doit succomber.

D’autre part, dans la connaissance rationnelle elle-même se fonde la religiosité de l’homme : "le savant, lui, [est] convaincu de la loi causalité de tout évènement […] Sa religiosité consiste à s’étonner, à s’extasier devant l’harmonie des lois de la nature dévoilant une intelligence si supérieure que toutes les pensées humaines et toute leur ingéniosité ne peuvent révéler, face à elle, que leur néant dérisoire"[5] Pour lui, au contraire de la religion traditionnelle, la religiosité cosmique est dans un "admirable accord" avec la science et la pensée rationnelle, et de cela il se nourrit :

"Il est certain qu’à la base de tout travail scientifique un peu délicat se trouve la conviction, analogue au sentiment religieux, que le monde est fondé sur la raison et peut être compris. […] Cette conviction liée au sentiment profond de l’existence d’un esprit supérieur qui se manifeste dans le monde l’expérience constitue pour moi l’idée de Dieu ; en langage courant on peut l’appeler "panthéisme" (Spinoza)".[6]

Ceci est peut-être la définition la plus exacte de la position d’Einstein, que lui-même précise en citant le nom de Spinoza. Dans cette vision je crois que doit être lu le célèbre mot d’Einstein, "Dieu ne joue pas aux dès", plusieurs fois réaffirmé, en particulier dans les lettres à son ami et collègue Max Born relativement à l’interprétation non déterministe et relativiste de la mécanique quantique. Le ferme refus de la solution de Born à ces problèmes naît véritablement de l’identification entre le caractère nécessaire des lois causales et la compréhensibilité de la nature, qui, selon Einstein, est niée par l’interprétation théorique de son ami.[7]

Dans la religiosité cosmique se trouve donc l’idée même de la possibilité de connaître le monde, en tant qu’harmonie des lois causales. Il est intéressant de souligner que c’est la même foi dans une causalité physique absolue, c'est-à-dire dans une vision substantiellement matérialiste et déterministe du monde, qui porte Einstein à tenir pour impossible l’existence d’une divinité au sens traditionnel mais en même temps à reconnaître une empreinte supérieure et divine dans la structure du monde même. Reconnaître et admirer l’absolue nécessité des choses (dévoilée par moments par les lois de la physique), c’est le premier pas vers une authentique pensée religieuse : un pas accompli selon Einstein par les grands penseurs de tous les temps, et en particulier par Démocrite et Spinoza, les seuls qui soient aussi radicaux et aussi conséquents "dans la ferme croyance dans la causalité physique, une causalité qui ne s’arrête pas face à la volonté de l’homo sapiens".[8]

La nécessité naturelle, donc, non seulement ne détruit en aucune manière la possibilité du sentiment religieux (en constituant au contraire le fondement) mais, en particulier, elle n’interdit pas la possibilité d’une morale authentique. Il pourrait sembler que, dans une vision parfaitement causale de la nature, la dimension spirituelle humaine serait reléguée comme un engrenage insignifiant du mécanisme : au contraire, c’est véritablement dans la contemplation de la causalité que l’homme peu reconnaître la présence de quelque chose transcendant l’individu et la voie pour une véritable réalisation en tant qu’être libre : "Être religieux", dit Einstein, signifie "être libéré des chaînes des désirs égoïstes propres" et ces chaînes sont brisées en premier lieu dans la reconnaissance de la dimension "divine" du monde, indépendamment de son identification avec une quelconque Être suprême.[9]

En ce sens, non seulement la science et la religion s’accordent[10], mais la première peut constituer une voie d’accès à la seconde : "Comment cette religiosité peut-elle se communiquer d’homme à homme, puisqu’elle ne peut aboutir à aucun concept déterminé de Dieu ni à aucune théologie ? Pour moi, le rôle le plus important de l’art et de la science consiste à éveiller et maintenir éveillé ce sentiment dans ceux qui lui sont réceptifs"[11]. Si le véritable but de la religion est d’indiquer à l’homme la route pour se libérer des appétits et des peurs égocentriques, en cela elle coopère avec la science qui montre la possibilité même de ce but dans son effort continu d’unification rationnelle transcendant l’individu.[12] D’autre part, en ce moment de tension morale vers une dimension supérieure réside l’essence même de l’éthique, dont l’exercice devient indispensable à partir du moment où la science (entendue comme pensée rationnelle) nous dit "ce qui est mais non ce qui devrait être."[13] "La véritable valeur d’un homme se détermine en examinant dans quelle mesure et dans quel sens il est parvenu à se libérer du "je".[14]

Einstein exprimait à maintes reprises sa véritable religiosité, l’extranéité à l’égard de toute église et sa proximité de la philosophie éthique de Spinoza :

"Les génies religieux de tous les temps se sont distingués par cette religiosité face au cosmos. Elle ne connaît ni dogme, ni Dieu conçu àl’image de l’homme et donc aucune église n’enseigne la religion cosmique. Nous imaginons aussi que les hérétiques de tous les temps de l’histoire humaine se nourrissaient de cette forme supérieure de la religion. Pourtant leurs contemporains les suspectaient souvent d’athéisme mais parfois aussi de sainteté. Considérés ainsi, des hommes comme Démocrite, François d’Assise et Spinoza se ressemblent profondément."[15]

L’affinité qui l’unit à Spinoza est perçue par Einstein aussi sous cet aspect : ils comptent tous deux au nombre des "hérétiques", c'est-à-dire de ceux qui nient l’existence d’un Dieu anthropomorphe et juge du bien et du mal. Un Dieu qui récompense et punit est inconcevable pour Einstein puisque les actions d’un homme sont "déterminées par la nécessité externe et interne, de sorte qu’aux yeux de Dieu il ne peut pas être plus responsable qu’un objet inanimé est responsable du mouvement dont il participe.[16] Ceci ne signifie toutefois pas être immoral, comme nous l’avons dit, du moment que les bases de l’éthique sont complètement humaines et non divines. "Pour le sage, le futur est en tout nécessaire et déterminé comme le passé ; la morale n’a rien de divin, c’est une question purement humaine."[17]

La confusion entre dogmatisme et moralité est précisément à l’origine des incompréhensions et des condamnations que rencontre celui qui comme Einstein ou Russell[18] soutient une religion "humaine" et libre des liens doctrinaux.

Ces incompréhensions, qui, à Einstein (au contraire de Spinoza) ne coûtèrent probablement rien d’autre que le blâme des bigots, s’ajoutent toutefois dans son cas aux amertumes que lui ont causé dans les dernières années soit la situation allemande, soit celle de la physique mathématique. Jusqu’au moment de son exil volontaire en Amérique, Einstein se battra contre le militarisme, l’antisémitisme et le racisme toujours plus répandus et pas seulement en Allemagne ; dans le même temps, il se trouvera à réfuter l’interprétation de la physique des quanta désormais acceptée par toute la génération nouvelle des physiciens, par lesquels il sera plus d’une fois considéré comme "un fossile survivant d’un époque préhistorique"[19] Ce fut peut-être de cette situation sombre que naquit le commentaire ironique d’Einstein : "il n’y a que deux choses infinies, l’univers et la stupidité humaine ; et je ne suis pas sûr pour le premier". Certainement, pour sa même reconnaissance, ce qui lui permit de surmonter cette situation, ce furent ses convictions religieuses dans le sens défini plus haut. [20]

Dans les brèves notes ci-dessus j’ai cherché à illustrer avec exactitude les points de contact qui me semblent exister entre la pensée "philosophique" d’Einstein et la personnalité et les idées de Spinoza. Sûrement la réflexion d’Einstein en morale ne tente pourtant pas de parvenir à l’achèvement et à la systématicité de la théorie spinozienne ; il me semble toutefois indéniable qu’il y a entre les deux penseurs une profonde familiarité. Je laisse juge le lecteur de la mesure dans laquelle une telle affinité peut être justifiée à partir des pages du texte même de Spinoza.



[1] C’est la traduction de l’expression anglaise “cosmic religious feeling”, utilisée par Einstein dans Religion and Science, un article écrit pour le New York Times Magazine en 1930 et réimprimé dans “Comment je vois le monde” (Champs-Flammarion pour la traduction française). Philosophical Library, New York, 1949

[2] En ce sens, cette attitude porte plutôt à l’hérésie. On le voit à la fin de cet essai.

[3] La naissance des cultes anthropomorphes ou démoniaques (c'est-à-dire de ce qu’Einstein appelle "religion de la terreur") est au contraire expliquée par Einstein justement par le manque d’une physique évoluée parmi les peuples primitifs. Voir Comment je vois le monde, p.16

[4] Invention lors de la célébration des soixante ans de Max Planck (1918) à l’Académie de Berlin. Repris dans Comment je vois le monde.

[5] Comment je vois le monde…p.20

[6] ibid.

[7] Voir le recueil Scienza e vita. Lettere 1916-1955, Einaudi, Torino, 1973; traduction italienne de Briefwechsel 1915-1955, 1965, publié par Born lui-même.

[8] Ce jugement sur les deux philosophes est exprimé par Einstein dans une lettre à son ami Maurice Solovine (in Einstein, Opere scelte, Bollati Boringhieri, Torino, 1988; p. 732), responsable d’une édition des fragments de l’atomiste grec et fondateur en 1903, avec Einstein lui-même et Konrad Habicht, d’une cénacle philosophique dans lequel Spinoza était mis en discussion aux côtés de Hume, Mach, Riemann et Poincaré.

[9] A. Einstein, Out of my later years, 1950

[10] “La science sans la religion est boiteuse, la religion sans la science est aveugle”, écrivait Einstein en 1941 (voir Einstein, Pensées)

[11] Comment je vois le monde, p.18

[12] Pensées

[13] ibid.

[14] Comment je vois le monde.

[15] Op. cit. p.18

[16] ibid.

[17] ibid.

[18] Bertrand Russell perdit plusieurs charges d’enseignement (par exemple au collège de New York), à cause de ses idées “immorales”. En au moins une occasion, Einstein, déjà en Amérique depuis 1933, intervint en sa défense, en témoignage d’une amitié qui dura jusqu’à la mort du physicien en 1955. À Russell Einstein laissa aussi un Testament spirituel, un appel aux politiques de la Terre en faveur du désarmement nucléaire.

[19] voir les lettres à Born dans Science et vie, citée en note 7, dans laquelle Einstein discute plusieurs fois avec son ami soit des problèmes politiques et sociaux soit de ces "dialogues de sourds" (Born) qui désormais séparent Einstein de la communauté de ses collègues.

[20] Comment je vois le monde.


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Messagepar phoenlx » lun. nov. 17, 2008 12:59 am

Et au passage moi non plus je ne suis pas athée :lol: :lol: C'est amusant ces remarques mais je le prend pas mal, je comprend que certains l'interprêtent un peu ainsi ;)

Sinon je viens de finir mon livre Etre heureux avec Spinoza. C'est une véritable lumière ce truc ; Je crois que je vais me le trimballer partout (en vacance à l'hosto si j'y retourne lol partout) je suis étonné qu'ils en parlent à peine sur le net (même sur le forum des spinozistes ! )
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Messagepar phoenlx » mar. nov. 25, 2008 9:58 am

Pourquoi lire Spinoza ?
( source : le site Spinoza et nous - philosophie de l'affirmation )



Il appartient à chacun de définir les raisons pour lesquelles il lit Spinoza, ou de ne pas les définir. On peut lire différents textes de Spinoza "pour le fun", sans trop savoir pourquoi. Il parle de liberté, de vérité, de joie éternelle et essaye de tenir cela ensemble. Voilà qui somme toute n'est pas courant chez un philosophe : pour certains, comme Kant ou Sartre, exercer sa liberté, c'est renoncer au bonheur. Vouloir la vérité, c'est préférer la lucidité aux illusions du bonheur et de l'amour. Pour d'autres, comme Nietzsche, l'affirmation de soi est plus importante que la vérité. Eh bien Spinoza, lui, dit qu'on peut à la fois être lucide et heureux, vertueux et joyeux, libre et vrai. Voilà donc de quoi piquer la curiosité et cela suffira à beaucoup pour aller lire Spinoza.

Mais on peut aussi aimer Spinoza d'abord parce qu'il s'y entend fort bien à nous désillusionner. Nous avons en effet affaire à un bonhomme dont l'intelligence était particulièrement aiguisée, qui aurait pu utiliser cette intelligence pour devenir riche et/ou adulé de ses contemporains et/ou séduire de nombreuses femmes. Ou alors il aurait pu utiliser cette intelligence, comme tant d'autres, pour se raconter des histoires, afin de pouvoir se faire une haute idée de lui-même tout en satisfaisant de façon détournée l'aspiration de chacun au plaisir, à donner un sens à sa vie, à la reconnaissance, à l'immortalité... Or il démontre que la passion est essentiellement servitude, que la vie n'a pas de sens, qu'il n'y a pas de passion éternelle, qu'il n'y a pas d'immortalité possible du corps comme de l'âme...

Mais quel intérêt peut-il y avoir à se désillusionner avec Spinoza ?... ou avec quiconque d'ailleurs... Chacun peut sentir qu'il s'agit là de liberté. Que beaucoup préfèrent être la dupe des illusions qu'ils se forgent ne fait guère de doute. Mais il est également possible de préférer une désillusion lucide à un bonheur illusoire. Parce que quitte à vivre, autant vivre vraiment la vie telle qu'elle est que de vivre dans un paradis d'ombres, ce qui revient à ne pas vivre.

S'agit-il par là de pouvoir trouver la satisfaction d'être au dessus des autres, de ces médiocres qui conformément à la masse informe des autres médiocres préfèrent l'illusion à la liberté ? Peut-être pour certains lecteurs de Spinoza. Mais ils lisent assez mal Spinoza, lui qui montre qu'il n'y a pas de supériorité morale ou ontologique de celui qui y voit sur l'aveugle, de l'enfant sain sur l'enfant malade et donc du sage sur l'ignorant. Non, il s'agit simplement de se désillusionner pour vivre sa vie, telle qu'elle est, au lieu de l'imaginer. Cela suffit à qui veut la liberté, à qui veut simplement vivre.

Et puis l'illusion fait finalement beaucoup plus souffrir que la lucidité. Combien d'efforts faut-il pour se convaincre que nos illusions n'en sont pas ? Combien de déceptions, de dépressions, d'accusations, de jalousies, de haines à cause de l'illusion ? A l'inverse, quand on a laissé de côté tous ses châteaux en Espagne, quand on s'est déchargé de la tâche infinie de se convaincre que nos illusions n'en sont pas, comme la vie devient légère et simple ! On peut donc lire Spinoza pour se défaire de la servitude des illusions, pour vivre la vie telle qu'elle est et la vivre légèrement.

Lire Spinoza, une thérapie ? un moyen donc de soigner les souffrances mentales dues aux illusions ? Oui, si l'on veut. Mais il s'agit là surtout des souffrances ordinaires que l'on s'inflige ou que l'on en vient à infliger aux autres pour défendre nos chères illusions. Pour les cas pathologiques graves, il est sans doute nécessaire de se faire aider par un tiers, autant que possible compétent, bienveillant et neutre. La "thérapie" spinozienne s'adresse surtout aux souffrances dont on s'aperçoit à peine, parce que l'illusion domine. Mais c'est un bon moyen de prévenir contre les névroses, voire les psychoses.

Et aussi "l'éthique" de Spinoza ne saurait se réduire à une thérapie. Une thérapie ne vise qu'à vaincre les causes d'une souffrance, à détruire ce qui me détruit. Il ne s'agit pas avec Spinoza de se contenter de ne pas souffrir, de définir le bonheur comme une simple absence de souffrance. Vivre "légèrement" ne signifie pas ici vivre banalement, comme une vache attachée au piquet de l'instant. Vivre sans la contrainte que génère l'illusion, c'est libérer la force d'exister, de s'affirmer et de cultiver cette force.

La joie de vivre est dynamisme : "augmentation de ma puissance d'exister" dit Spinoza. L'éthique de Spinoza ne propose rien moins que de donner accès à une joie éternelle et continuelle de vivre. Comment ? Par la connaissance de soi et de sa relation essentielle avec la nature. En examinant cela, Spinoza fait d'une pierre deux coups, il détruit les préjugés et construit les moyens d'une existence sereine et active. Renoncer à l'illusion n'est pas renoncer à la joie de vivre, si l'on se donne les moyens d'une joie sûre, fondée non sur les vains désirs issus de l'imagination, mais sur le désir essentiel d'exister qui se comprend à la fois rationnellement et intuitivement.

Aussi, il ne s'agit pas avec Spinoza de ne trouver son bonheur que dans une connaissance théorique de la nature et de l'homme. Se libérer des préjugés a une conséquence pratique : se libérer des servitudes et souffrances inutiles qu'ils génèrent. De même, juger de façon réfléchie a une conséquence pratique non moins évidente : celle d'abord d'ouvrir des perspectives, ce qui permet de vivre des choses qui auraient été impossibles autrement, du fait même qu'elles étaient ignorées ; ensuite d'augmenter sa puissance de vivre en augmentant sa puissance de penser.

Il est stupide d'opposer l'intelligence et la vie. Ne vivre qu'en percevant les choses, sans les comprendre, ce n'est vivre qu'à moitié. Et même celui qui vit sans jamais cultiver son intellect ne vit qu'à travers ce qu'il croit comprendre de l'existence. Quoique son intellect soit largement dominé par les sens, c'est toujours l'idée qu'il se fait de la vie qui le détermine à vivre ceci ou à ne pas vivre cela. Aussi, augmenter sa puissance de comprendre, c'est bien augmenter sa puissance de vivre.

Alors pourquoi lire Spinoza ? Pour examiner les idées au travers desquelles nous vivons ordinairement, pour voir s'il ne s'agit pas là de préjugés qui nous asservissent et génèrent des souffrances inutiles et vaines. Pour cultiver notre intelligence de la vie et de la sorte vivre plus pleinement sans que cela signifie perte de lucidité, vivre plus librement donc.
Je crois au Dieu de Spinoza, qui se révèle dans l'ordre harmonieux de ce qui existe, et non en un dieu qui se préoccupe du sort et des actions des êtres humains (Albert Einstein)
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Messagepar phoenlx » mar. janv. 20, 2009 7:39 pm

Nietzsche : "J’ai un précuseur !"

« Je suis très étonné, ravi ! J’ai un précurseur et quel précurseur ! Je ne connaissais presque pas Spinoza. Que je me sois senti attiré en ce moment par lui relève d’un acte « instinctif ». Ce n’est pas seulement que sa tendance globale soit la même que la mienne : faire de la connaissance l’affect le plus puissant - en cinq points capitaux je me retrouve dans sa doctrine ; sur ces choses ce penseur, le plus anormal et le plus solitaire qui soit, m’est vraiment très proche : il nie l’existence de la liberté de la volonté ; des fins ; de l’ordre moral du monde ; du non-égoïsme ; du Mal. Si, bien sûr, nos divergences sont également immenses, du moins reposent-elles plus sur les conditions différentes de l’époque, de la culture, des savoirs. In summa : ma solitude qui, comme du haut des montagnes, souvent, souvent, me laisse sans souffle et fait jaillir mon sang, est au moins une dualitude. - Magnifique ! »

Nietzsche, Carte à Franz Overbeck, Sils-Maria le 30 juillet 1881. (cité in Magazine Littéraire, n.370, consacré à Spinoza, traduction de David Rabouin).
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Messagepar ayoros13 » mar. janv. 20, 2009 8:09 pm

Nietzsche j'aime pas c'est du caca pour moi (à part sur l'histoire où il parle bien) :x

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Messagepar phoenlx » mar. janv. 20, 2009 8:13 pm

Pas d'accord avec lui sur beaucoup de choses non plus
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Messagepar phoenlx » jeu. avr. 16, 2009 9:56 pm

Einstein : sur spinoza


"Je crois au Dieu de Spinoza, qui se révèle dans l'ordre harmonieux de ce qui existe, et non en un dieu qui se préoccupe du sort et des actions des êtres humains."
(Albert Einstein / 1879-1955 / Télégramme au rabbin Goldstein de New York, avril 1929)
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Messagepar phoenlx » jeu. avr. 16, 2009 10:00 pm

Une autre (toujours d'Albert Einstein) :

"Je suis fasciné par le panthéisme de Spinoza, mais j'admire plus encore sa contribution à la pensée moderne, parce qu'il est le premier philosophe qui traite l'esprit et le corps comme unité, et non comme deux choses séparées."
(Albert Einstein / 1879-1955)
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Messagepar phoenlx » lun. oct. 05, 2009 1:43 am

Spinoza et nous

Un texte paru dans le nouvel observateur sur Spinoza, par Robert Misrahi ( l'un des plus grands spécialistes du philosophe )


Une doctrine libertaire et révolutionnaire

Spinoza et nous
En plein XVIIe siècle, face au calvinisme puritain et au judaïsme orthodoxe, le philosophe d'Amsterdam invente une éthique de la joie de vivre qui reste plus actuelle que jamais
par Robert Misrahi *

La philosophie de Spinoza m'a toujours paru la meilleure préparation à une réflexion éthico-politique pour notre temps - singulièrement dans la situation de crise généralisée qui est la nôtre. Car c'est bien pour résoudre une véritable crise, et le désarroi qu'elle engendre, qu'il se propose de construire à neuf une philosophie intégrale - c'est-à-dire une éthique découlant d'une ontologie et entraînant une politique.
Spinoza ne part pas directement du bonheur proprement dit. Il pose d'abord la question de fond : si tous les biens ordinairement poursuivis sont vains, éphémères et fragiles, qu'est-ce donc qu'un «bien véritable» (nous dirions : une valeur véritable), un bien qui pourrait nous faire accéder à une joie extrême, parfaite et durable ? En réponse, il ne propose ni un ascétisme spiritualiste ni un matérialisme libertin. Mais d'abord de mieux connaître la Nature qui nous enveloppe et la nature de l'être humain.
Il n'existe qu'un seul monde, et c'est la Nature. Elle est infinie et déterminée, et surtout elle est une. On peut, si l'on veut, l'appeler «Dieu» («Deus sive Natura»). Le dualisme traditionnel Dieu-monde est clairement dépassé et combattu par un philosophe que ses contemporains tenaient à bon droit pour athée. Pour nous, modernes, cette révolution spinoziste nous apprend que toute réflexion éthique et politique doit commencer par la laïcité et non par une religiosité vague, toujours capable d'intégrer l'intolérance et la violence.


Une fois déblayé le terrain métaphysique, Spinoza peut construire une anthropologie philosophique : il faut connaître l'homme tel qu'il est avant de lui proposer une nouvelle morale et une nouvelle sagesse. Et ici, aussi, la pensée de Spinoza s'avère tranquillement révolutionnaire. Il affirme d'abord l'unité de l'homme : l'esprit n'est pas une âme mais la conscience du corps. Et l'essence de cet individu unitaire est le désir. Un discours que nos contemporains sont tout prêts à entendre. A la différence de Schopenhauer (qui fait du désir l'origine indépassable de la souffrance), de Nietzsche (qui enlève au dionysiaque toute forme de conscience), ou de Freud (persuadé de l'impossible satisfaction du désir), Spinoza décrit le désir comme une puissance de vie, un conatus, un «effort pour persévérer dans l'être». A la différence des idéalistes comme Platon, Descartes ou Kant, il ne considère pas le désir comme une force aliénante et coupable mais comme le légitime mouvement vers l'estime de soi et la joie de vivre. Certes, il existe des «passions» qui nous aliènent, mais il sait opérer la distinction nécessaire : ce n'est pas le désir comme tel (l'affectivité) qui est aliénant, c'est le désir lorsqu'il est dévoyé par l'ignorance et l'imagination. Pour accéder à une joie solide, il y a donc bien lieu de se libérer des passions (notre temps, confronté au fanatisme, à l'arrivisme et à la cupidité, en aurait bien besoin), mais cela ne peut se faire que par la transformation du désir passif en désir actif, éclairé par la connaissance et tamisé par le souci d'une liberté véritable.


Muni de cette anthropologie du désir, Spinoza peut enfin nous proposer une éthique. Celle-ci aura pour ainsi dire deux étages, comme une fusée.

L'éthique humaniste de la joie
D'abord une morale «utilitaire» de la «conservation de son être» (nous dirions santé, sécurité, confort matériel, jouissances concrètes, justice) et de la joie de vivre. Spinoza précise : il ne s'agit pas de n'importe quels plaisirs, il s'agit de la recherche de «l'utile propre», c'est-à-dire de ce qui nous est personnellement le plus utile. C'est par la réflexion et la connaissance que l'individu saura quels sont les «biens» concrets qui seront le mieux adaptés à sa personnalité singulière et à son projet de vie libre et heureuse. Ce premier moment de l'éthique n'est pas une spontanéité aveugle et libertaire des plaisirs et des instincts, il est une maîtrise de sa vie, dans la perspective d'une existence à la fois épanouie, amicale et intelligente. Pour parvenir à ce stade, il est impératif de combattre les préjugés : la «superstition religieuse», le culte du remords ou de la pitié, les doctrines de la souffrance et de la culpabilité. «Seule une superstition farouche et triste peut interdire qu'on se réjouisse. Car en quoi vaut-il mieux apaiser la faim et la soif que chasser la mélancolie ? Aucune divinité, nul autre qu'un envieux ne se réjouit de mon impuissance et de ma peine...» Pourvu qu'ils ne nuisent à personne, tous les plaisirs sont donc légitimes. Ils seront le fait de «l'homme libre» lorsqu'ils seront réfléchis, autonomes et spécifiques.
En plein XVIIe siècle, face au calvinisme puritain et au judaïsme orthodoxe, cette éthique de la joie de vivre est une véritable doctrine libertaire et révolutionnaire. On l'a souvent liée à la montée de la bourgeoisie dans la Hollande d'alors. A tort. Chacun est concerné par l'accès à la jouissance de la vie et de ses joies. Et, comme on le sait, les guerres de religion, assorties de meurtres, croient toujours se justifier par des discours ascétiques. C'est l'amour de la vie qui est du côté du progrès.
Ensuite une sagesse intérieure de la «béatitude», c'est-à-dire de la joie extrême et parfaite. Ces deux niveaux ne marquent pas une différence de valeur mais la succession de deux moments de la réflexion et de la vie. C'est seulement en passant par le premier stade de l'éthique (une morale simple et laïque du bonheur concret et maîtrisé) que «l'homme libre» est en mesure d'accéder à son second stade, le niveau ultime de la sagesse existentielle.
Ces deux moments sont indissociables car ils concernent tous deux notre «félicité», comme dit Spinoza, c'est-à-dire notre bonheur : à la fois nos conditions de vie et la signification même de notre existence. C'est parce qu'ils séparent ces deux moments que nos contemporains (à gauche comme à droite) sont dans l'incapacité chronique de construire une politique humaniste digne de ce nom. Spinoza, quant à lui, savait qu'il avait à rechercher à la fois les conditions et les contenus de l'épanouissement individuel, «matériel» et «spirituel», et la définition du meilleur gouvernement possible.

Le pacte social
Avant de décrire ce stade ultime de la joie qu'est la béatitude, nous devons au moins esquisser la politique de Spinoza. Une société démocratique et pacifiée est la condition préalable au déploiement d'une existence personnelle heureuse et d'une sagesse de la joie extrême. C'est pourquoi Spinoza conclut sa morale de l'utile propre par l'analyse du pacte social. Il introduit celle-ci par une réflexion qui devrait impressionner les esprits démunis de notre temps : «L'homme qui est conduit par la raison est plus libre dans la société où il vit selon le décret commun que dans la solitude où il n'obéit qu'à lui-même.» Le pacte, comme accord commun sur les désirs reconnus comme des droits et sur les désirs reconnus comme devant être sacrifiés, permet le passage du droit de nature au droit civil, la loi étant seule garante de la sécurité et de la liberté de tous et de chacun. Sur cette base, Spinoza étudie ailleurs les diverses constitutions possibles et laisse entendre que le gouvernement démocratique est le meilleur des gouvernements. Dans son projet, la souveraineté électorale serait la seule autorité légitime, la terre pourrait être une propriété collective et les citoyens auraient le droit de posséder une arme. Enfin et surtout, «dans une libre République, chacun a toute latitude de penser et de s'exprimer».
On le voit, toutes nos valeurs démocratiques, et notamment la laïcité et la liberté de croyance et d'expression, s'enracinent d'abord chez Spinoza et ensuite seulement chez les philosophes des Lumières. Mais c'est par l'éthique existentielle de la joie que la politique trouve un souffle, une raison d'être et une source d'inspiration. C'est parce qu'ils négligent ce lien fondateur entre l'existentiel et le politique que nos contemporains peinent à construire des politiques qui aient un sens et un avenir.

Une certaine espèce d'éternité
Nous voici au terme de notre itinéraire spinoziste. L'homme de désir, libéré de ses passions, est devenu l'homme libre, jouissant sereinement de ses plaisirs et de sa vie. Citoyen d'une libre République, il peut enfin se consacrer à sa quête ultime. Par «l'amour intellectuel de Dieu» (c'est-à-dire de la Nature), le sage accède à «une certaine espèce d'éternité». Conscient de lui-même, du monde et des autres, il sait qu'il fait partie de la Nature et de ses lois et qu'il peut se réjouir de lui-même et de sa vie. Certes, c'est la pensée du déterminisme universel qui lui confère force d'âme et sérénité, mais l'accord réfléchi avec lui-même, ainsi que l'épanouissement de sa personnalité, lui confère aussi le sentiment d'une liberté vraie. Accédant à la plus intense quiétude, c'est dans la béatitude qu'il accède à l'expérience d'être. Au lieu de n'exister, comme l'ignorant, que dans la souffrance et la passion, le sage (tout un chacun, s'il s'en donne la peine) «ne cesse jamais d'être et jouit toujours, au contraire, de la vraie satisfaction de l'âme».
Cette jouissance d'être est à la fois active et contemplative, sensuelle et réfléchie. Cette exceptionnelle sagesse qui consiste à vivre pleinement sa vie tout en la déployant dans une maîtrise sereine peut apparaître comme une utopie intempestive. Il n'en est rien. Ernst Bloch a bien montré que ce sont les «utopies» et non les mécanismes qui font l'histoire. Disons aussi qu'une telle vision, une telle éthique à double étage (satisfaction intelligente du désir et joie de la plénitude) constitue précisément ce qui manque à notre culture et qui pourrait sous-tendre et inspirer l'action politique. Et ce n'est pas le moindre paradoxe que de constater que notre modernité, avec ses exceptionnels moyens de diffusion de la pensée, est parfaitement capable de mettre en oeuvre ces anticipations qu'on appelle à tort des utopies.

(*) Robert Misrahi est philosophe, auteur de «Spinoza» (Entrelacs, coll. «Sagesses éternelles»), «le Travail de la liberté» (Le Bord de l'Eau, 2008). A paraître : «l'Ombre et le Reflet», photographies de Minot-Gormezano, textes de Robert Misrahi (Skira-Fhmmarwn).

Né à Amsterdam, dans une famille juive d’origine portugaise ayant fui l’Inquisition, Baruch Spinoza (1632-1677) a voué sa vie et son œuvre à défendre la liberté de philosopher. Ce qui lui valut d’être excommunié de la communauté juive pour hérésie (1656) et de voir ses écrits condamnés par les autorités religieuses et civiles. Principaux ouvrages : « Traité de la réforme de l’entendement », « Traité théologico-politique », « Ethique ».


Le Nouvel Observateur
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Messagepar phoenlx » lun. oct. 05, 2009 1:46 am

Je suis surpris de lire ( texte du post précédent) que Spinoza était pour le port d'armes pour chaque citoyen ( Tout le reste de la description de sa philosophie, de son éthique, et de sa réflexion politique en revanche correspond à la vision que j'avais déjà de lui) Mais le coup des armes, faudrit qu'on m'explique par quel cheminement il arrive à cette idée qui paraît vaguement contradictoire avec le reste
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Messagepar Menace » mer. oct. 07, 2009 1:14 am

Contradictoire avec quoi exactement ? Le droit au port d'arme pour les citoyens est un symbole pour l'époque moderne du régime démocratique : États-Unis, République Française, Suisse...
Les Francs, peuples fameux, réunis en corps de nation par la main de Dieu, puissants dans les combats, sages dans les conseils, fidèles observateurs de la foi des traités, distingués par la noblesse de la stature...

Préambule à la loi Salique, Ve siècle

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Messagepar phoenlx » mer. oct. 07, 2009 9:49 am

Quelque part oui je dis pas le contraire ( et je suis plutôt moi-même anti - ceux qui veulent l'interdire à tout prix ) mais je trouve que c'est un peu étrange au milieu du reste du discours philosophique de Spinoza sur la recherche de la paix intérieure et la concorde entre les individus (les deux étant par ailleurs liées) ceci dit, certes, les armes peuvent être un moyen d'assurer la paix, c'est pas moi qui te diras le contraire, et il est vrai aussi que - contrairement à certaines analyses simplistes de sa philosophie qu'on voit parfois - Spinoza ne rejoint pas je pense certains "extrêmistes de la non violence" qui conseillent de ne pas se défendre et ce genre de choses

Donc certes, tu as entièrement raison je pense.
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Messagepar ayoros13 » mer. oct. 07, 2009 2:53 pm

Que spinoza soit pr la liberté de port darme je trouve cela coherent ac sa pensé politique, Jne repeterai pas ce ka dit menace jrajouterai ke la lib de port darme va ac la demo car ca sopose a lancien regime ou juste les noble avé ce droi de +quand un peuple est arme le gouv ne poura jamais instauré une tyranie exemple les usa dans les annees 30 ne sont ni dans le fascisme ni dan le communisme jcompleterai mn poste ce soir
L’homme n’est ni ange ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l’ange fait la bête » Pascal

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Messagepar phoenlx » mer. févr. 17, 2010 11:28 pm

pinaise c'est dingue !! j'essai de rédiger une réponse spinoziste à Melian sur le topic du film Océans à propos des questions d'environnement et je viens d'effacer deux fois tout ce que j'ai écris
(j'arrive tout simplement pas à formuler clairement ce que je veux dire :shock: Je m'aperçois que j'ai décidément du mal à arriver à parler avec des mots du spinozisme , c'est un truc que j'appréhende dans ma tête mais tellement dur à décrire ... je me demande si inconsciemment j'ai pas lancé ce topic aussi pour ça , éclaircir moi-même des choses dans ma tête et les rendre plus claires pour moi comme les autres qui me liront, d'où l'intérêt d'ailleurs que le topic soit plus interractif, il l'est pô beaucoup pour l'instant :( )

Sinon pour ceux que ça intéresse je signale que le Magazine littéraire du mois de Janvier 2010 comporte un dossier consacré à Spinoza ( c'est peut-être un peu tard je viens de l'apprendre mais j'espère pouvoir le récupérer à titre perso )

Image

En voici le sommaire :
60 Spinoza dossier coordonné par Maxime Rovere
62 Chronologie
65 Une Éthique et une esthétique, par Piet Steenbakkers
68 La joie, mode d’emploi, par Maxime Rovere
70 Une philosophie de l’affi rmation, par Toni Negri
72 Comment traduire L’Éthique, par Pierre-François Moreau
74 Je varie, donc je suis, par Françoise Barbaras
76 Dieu tout-pensant, par Filippo Mignini
78 Leibniz, séduit puis circonspect, par Mogens Lærke
80 Jacobi, un apôtre paradoxal, par Ives Radrizzani
82 Une sociologie en puissance, par Françoise Barbaras
84 Gare aux abus de tranquillisants, par Nicolas Israël
86 « Une source de radicalité », entretien avec Jonathan Israel
88 Bibliographie


Voici l'éditorial :

Par ouï-dire

De l’avenir faisons table rase. Il est curieux de voir combien, désormais, toute idée d’universalisme est refoulée au titre d’un abus de pouvoir. C’est la conviction que notre histoire a épuisé les possibles et que la seule issue consiste à rejouer ce qui a eu lieu, en le recombinant à l’infini. Cet exténuement généralisé chemine en compagnie de l’idée que les hommes s’exposent au pire danger dès qu’ils souhaitent prendre leur destin en main. Il faudra bien un jour expliquer comment on peut à la fois s’apitoyer sur ces nouvelles générations dépourvues, dit-on, de sujets d’admiration et s’inquiéter de tout idéalisme.

Comme Platon nous l’a enseigné d’emblée, l’utopie est le feu avec lequel il nous faut jouer, car c’est le seul moyen dont nous disposions pour sortir de ce que nous sommes. Il est indispensable de critiquer les fausses interprétations de l’utopie, mais son rejet sans appel finit par déboucher sur une peur panique de l’avenir. La conscience des profondeurs est une absolue nécessité, mais celle des sommets ne peut faire défaut sans prendre le risque de nous enlever la gravité.

À force de répéter que l’essentiel est que chacun se sente bien dans sa peau sans devoir supporter des comparaisons désagréables, à force de souligner que notre vieux monde vulgaire ne peut pas répondre à notre exigence de perfection, on finit par oublier que l’homme est un être qui doit fixer son orientation en prenant comme idéal sa propre fin, en visant la perfectibilité de la perfection. Essayer d’éliminer cette tendance, la plus naturelle de toutes, par crainte d’abus éventuels, c’est, pour reprendre l’expression de Nietzsche, «naître avec des cheveux gris».

Avez-vous remarqué qu’il existe une sentence de Nietzsche pour chaque démonstration ? Il ne vous a certainement pas échappé que l’auteur d’Ainsi parlait Zarathoustra truffait de ses fulgurances le moindre éditorial (à commencer par celui-ci), voire la moindre allocution politique. Il y a désormais un Nietzsche pour chaque chose. Et cela, nous le devons malheureusement en grande partie à tous ceux qui, depuis deux ou trois décennies, s’attachent à mettre le marteau de ce penseur à la portée de toutes les mains, plus «humain».

Voilà qui renvoie encore à cette phrase de Schopenhauer que je rappelais le mois dernier : «Je peux supporter l’idée que bientôt les vers rongeront mon corps, mais je frémis en imaginant ma philosophie rongée par des professeurs de philosophie.» Et pourtant, ce dernier a été préservé de ce danger. Le breuvage était, cette fois, trop amer.

Spinoza court ce risque. Pour le moment, les rongeurs hésitent : va-t-on le présenter comme un «insoumis», un «maître de la liberté», un «penseur du bonheur» ou, plus trivialement, s’en servir comme d’un couteau suisse philosophique ? C’est précisément là que doit intervenir l’action modeste du Magazine Littéraire : rendre un écrivain, un philosophe, accessible sans jamais omettre la complexité de son oeuvre. Une oeuvre non pas monocolore mais qui doit se déployer, se dérouler, se déplier comme ces soieries indiennes chatoyantes. Il faut se garder de ce que Spinoza appelle la «connaissance par ouï-dire» qui n’est, pour lui, qu’une des approches de la perception la plus incertaine.


( Source )
Modifié en dernier par phoenlx le jeu. oct. 14, 2010 11:21 am, modifié 1 fois.
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Le paradoxe du libre arbitre chez Spinoza !

Messagepar phoenlx » jeu. févr. 18, 2010 9:36 pm

Le paradoxe du libre arbitre chez Spinoza !

Plus j'y pense plus je me demande comment expliquer ça ( ce qui suit est une réflexion qui fait suite à mon blocage d'hier sur un autre topic, où j'arrivais pas à exprimer ma pensée ... pas sûr que ce que je vais raconter là soit clair pour tous, mais en tout cas je vais essayer et si vous arrivez jusqu'à la conclusion vous verrez que cette tartine est très utile !!

Bon, par où commencer ? ...
Ah oui ! Nous allons parler de la liberté ... du libre arbitre !!

Pour le philosophe spinoza, le libre arbitre n'existe pas. Et pourtant Spinoza nous explique qu'on peut accéder à la liberté par la connaissance. ca paraît totalement contradictoire .. et pourtant oui et non

En gros et pour schématiser à l'extrême son raisonnement est le suivant :

Nous ne sommes pas libre. le libre arbitre n'existe pas. Tout ce qui arrive dans la nature est inéluctable, arrive par nécéssité. Nous ne pouvons que nous "résigner" à cette nécéssité. Spinoza disait ça à son époque, ce qu'on peut dire aujourd'hui c'est que si on considère l'évolution de certaines sciences comme les sciences du cerveau, tout semble lui donner plutôt raison. Les grands schémas de pensée dualistes issus des religions ont tendance à s'effondrer à mesure que les connaissances progressent ; On arrive aujourd'hui à comprendre certains mécanismes subtils à l'intérieur de la boîte crânienne et on sent bien que tout se réduit à des échanges physico-chimiques ..

A chaque fois que l'on parle, que l'on ressent ( de la douleur, des émotions) que l'on pense, que l'on décide de faire tel action, fondamentalement, ce sont des processus chimiques très compliqués qui interviennent entre nos neurones et nos synapses. Certains diront, ça fait froid dans le dos car du coup : " où est passée l'âme ?"! lol Et pourtant tout pousse vraiment à croire que l'âme est un concept qui n'existe pas ( perso , je préfère le remplacer par le terme "l'esprit" ..)

En tout cas, le corollaire de tout ceci est que Spinoza avait très probablement raison : Nous ne sommes pas libre, le libre arbitre n'est qu'un leurre. Nous sommes soumis à nos mécanismes internes (en plus évidement d'être soumis à toute sortes de causes extérieures , ce qui complique encore les choses)


Autrement dit, concrêtement, il faut cesser de regretter, de raisonner par rapport à des notions comme "le bien" , "le mal" , nous devrions en gros abandonner tous les raisonnements dualistes, manichéens etc)

Un criminel n'est pas fautif .. s'il tue c'est qu'il devait nécéssairement tuer. Il ne pouvait faire autrement. C'est comme une machine qui était programmée pour le faire.

On a donc là une philosophie qui paraît dangereuse de prime abord, qui semble inciter à la passivité devant le "Mal" , devant les évênements du monde. Puisque la liberté n'existe pas, puisque la nature est déterministe (et nous aussi en tant que partie de la nature soumis aux mêmes lois physico chimiques) alors : où trouver de l'espoir, où trouver un sens à l'existence, et surtout comment donner un sens et une motivation à nos actions ?

La réponse chez Spinoza est d'une subtilité extrême que j'aurai décidément toujours du mal à démontrer.

Sa réponse est en gros la suivante :

c'est en cherchant à COMPRENDRE la nature, son déterminisme, ses mécanismes, comment tout ça fonctionne, qu'on accède à la joie et à la vraie liberté (les deux vont de pair).

En fait, pour le dire autrement, si je subis quelque chose qui me rend malheureux, je dois chercher à comprendre les mécanismes de ce qui me rend malheureux, et une fois qu'ils sont compris, j'accède à la joie et au bonheur, je fais disparaître une partie de ma souffrance.

ça paraît "facile à dire" me direz-vous. Pourtant toute la subtilité de la chose (tel que je comprend la pensée de Spinoza) c'est que c'est bel et bien dans cette acceptation du déterminisme et dans cette connaissance subtile de la manière dont il opère qu'en retour, et subtilement, nous pouvons arriver à agir plus positivement.

concrêtement, ça peut consister à essayer de comprendre nos "ennemis", comprendre les gens où les choses qui provoquent en nous une souffrance. Comprendre comment ils fonctionnent, non seulement pour mieux s'en protéger mais également - et c'est utile surtout pour nous - arriver à nous débarasser d'un sentiment de haine réciproque, de rancoeur. Arriver en fait à ne plus haïr les criminels, arriver à ne plus haïr nos ennemis. Nous débarasser de certaines passions en somme, passions négatives qui ne peuvent que nous plomber davantage.

Vous allez me dire bon sang c'est pratiquement chrétien comme message ( ce qui paraîtra surprenant de la part d'un philosophe comme Spinoza bien connu pour avoir dénoncé fortement les dogmatismes de toutes les religions )

Mais en fait ... encore une fois oui et non. Certes, adopter ce genre d'attitudes ( ne plus haïr) peut ressembler au message chrétien (ne plus haïr ses ennemis mais les aimer)

Je pense que c'est plus subtil chez Spinoza. L'idée est surtout de nous débarasser de nos passions négatives , nous débarasser de la haine de l'ennemi ( ou d'une situation qui est néfaste pour nous) c'est surtout , arriver à mieux nous en sortir face à elle ; être plus lucide , plus cohérent dans nos actes donc plus fort , plus affuté en somme. Plus efficace. Arriver à moins nous perdre. Mais Spinoza ne conseillerait sans doute pas l'inaction pour toute chose. Bien au contraire, sa philosophie- comme je l'explique mieux par la suite - est une philosophie de l'affirmation , et de l'action.

Je crois qu'il n'aurait jamais conseillé de "tendre la joue pour la deuxième baffe" ; Face à un adversaire dangereux, il aurait sans doute conseiller d'agir pour nous en protéger (y compris éventuellement avec des conséquences terribles) mais de le faire sans haine, sans superflu ... c'est une autre approche dans laquelle perso je me reconnais bien davantage.

Un autre exemple tout bête pour appliquer cette philosophie consisterait à tirer l'enseignement suivant : Lorsqu'on a le sentiment d'avoir mal agi, culpabiliser, chez Spinoza ne sert à rien ! Fondamentalement ça ne sert à rien car de toute façon tout ce qu'on fait on le fait par nécéssité (donc c'est inéluctable) inutile donc de rajouter une couche de souffrance en culpabilisant sur nos actes. Ils sont ce qu'ils sont.

En retour, le fait d'adopter une pensée plus positive (par rapport à nous-même) c'est ça qui, subtilement, peut nous conduire à agir différemment, plus "positivement" (je met positivement entre guillemet car le bien, le mal, la positivité, la négativité sont des concepts à oublier totalement avec spinoza)

Et conséquence de ce qui précède : comme on agit plus "positivement" , on en perçoit très vite aussi les conséquences (elles mêmes positives, c'est comme un cercle vertueux qui se met en place) et ceci augmente encore notre joie et ainsi de suite.

Nous n'avons donc pas le choix et pourtant nous avons quand même le choix de choisir la voie du bonheur (ou pas) Choisir la voie du bonheur, d'après moi et tel que j'interprête Spinoza, c'est choisir de ne pas se voiler la face quelle que soit la situation qui se présente. essayer d'adopter un regard plus neutre sur les choses, mais un regard critique, laissant de côté les préjugés, et surtout les passions.

C'est évidement très dur mais le jeu en vaut la chandelle. Au bout de la route il y a un Bien absolu qui nous attent. La joie (la vraie) synonyme de vraie liberté.

Tel que je perçois la chose c'est plus un sentiment de liberté (ou d'ivresse, un peu comme une ivresse du "sentiment de Dieu qui existe", ivresse du sentiment de faire partie de lui" plutôt qu'une liberté au sens sartrien du terme) c'est en tout cas un peu ça , la liberté au sens spinoziste du terme. c'est ce regard lucide et apaisé sur toute chose, ce regard qui change tout, qui amène la positivité, qui amène à être constructif. Qui amène l'affirmation de soi, qui amène à libérer son potentiel et finalement à "mieux agir" devant toute situation.

c'est ça qui fait que l'être humain au final, s'il arrive à ce stade, libère son potentiel de vie, sa créativité et ça peut se faire évidement de multiples manières ( artistiques etc )

c'est ça qui fait qu'il apporte sa contribution "positive" (encore une fois : guillemets ^^ ) au monde, à l'univers, à la nature dont il fait partie, cette nature confondue avec Dieu lui-même

(la nature et Dieu chez Spinoza c'est la même chose, c'est le même "truc" , je veux dire c'est exactement de chez exactement la même chose, on peut intervertir les deux mots)

Mais alors me direz-vous, les gens qui sont négatifs (et qui par corollaire impactent le monde par beaucoup de choses néfastes à travers leurs actions) : comment les expliquer, comment est-ce qu'ils peuvent eux-aussi faire partie de Dieu et comment expliquer que - c'est facile à comprendre- dans certains cas ils vont empêcher forcément l'individu "positif" de s'exprimer, comment surtout surpasser cette évidence manifeste ?

Pour répondre il faut bien comprendre que c'est un système, que la nature est un Tout. ce que j'ai décris de manière simpliste précédement, c'est une sorte de voie d'accès au bonheur (et à la vraie liberté) mais cette voie se heurte sans arrêt à tout le "bruit" ambiant. L'idée est de tout faire pour essayer de se mettre en situation où on puisse réduire ce "bruit" au minimum, ou s'en protéger. Optimiser notre situation face au monde en somme.

Ce n'est pas simple ^^ certains auront évidement plus de facilité que d'autres (certains malchanceux feront des mauvaises rencontre, par exemple un criminel qui vient les tuer etc) Mais il faut quand même s'efforcer de suivre ce chemin car les petites choses peuvent se répercuter sur les grandes. Il faudrait arriver en somme à positiver devant toute choses car celà créerait un effet boule de neige. L'idéal évidement serait que chaque personne sur Terre y parvienne ; on n'aurait alors sans doute pas un monde idéal mais sans doute beaucoup plus optimisée et harmonieux qu'actuellement. ( là je donne ma propre interprêtation des choses, en tout cas, c'est pour dire que selon moi, la philosophie de Spinoza peut-être très puissante pour soi, mais elle serait surtout très efficace si elle était suivie par beaucoup de monde.

Prenons de la hauteur maintenant et rappelons-nous que la nature c'est Dieu (et Dieu c'est la perfection absolue)

Il est très facile alors de comprendre que tout ce qui existe , tout ce qui se déroule est la manifestation de cette perfection. Et si on redescend à nouveau, on peut dire la même chose de chaque chose élémentaire.

Chaque acte humain est la manifestation de cette perfection (et de cette nécéssité en même temps. Car le Dieu de Spinoza a justement cette caractéristique inouïe d'être parfait et pourtant il est soumis à sa propre nécéssité. Si on le caricature on peut dire que c'est un Dieu qui n'est pas plus libre que nous-même, il est soumis aux mêmes lois de la nature, mais il faut comprendre qu'elle est lui-même ces lois. Il est le contenant et le contenu. Un truc que les religions arriveraient jamais à comprendre même après 50 milliards d'années d'exégèse :PTDR: Encore que quand je lis certains textes de la Kabbale judaïque je retrouve parfois vaguement certains concepts spinozistes, à mon avis il y a aussi certains courants d'autres religions qui peut être s'y ramènent de loin)


Si j'écris celà , si j'écris ce topic en ce moment, c'est parceque c'était inéluctable. Je crois être libre et avoir la liberté d'écrire ce texte (ou pas) ; je me dis que je pourrais très bien ne pas le poster après l'avoir rédigé , si je le voulais. je me sens libre de la suite à lui donner (le porter à votre connaissance ou pas) Mais en fait c'est un leurre, je ne suis pas libre.

A l'instant présent ou j'écris cette ligne, je ne sais pas moi-même si je vais le poster ou pas (l'avenir immédiat et ma "pulsion" le décidera, j'incline cependant à penser que oui, je vais le poster !! )

Mais quelle que soit ma décision, elle ne sera pas libre, mais le fruit de tous mes déterminismes internes (et externes)

Mais ce qu'il faut comprendre, c'est que si ce texte sera posté (ou pas) le fait qu'il le soit ou qu'il ne le soit pas sera une partie de la grande perfection que j'évoquais.

En bref (j'emploi à nouveau des mots non spinoziens pour me faire mieux comprendre mais prudence avec ces termes) quelle que soit ma décision, elle sera "bonne" et "utile" pour la Nature, elle sera "constructive" et d'autant plus si elle est guidée par la sérénité et la joie intérieure (or la perception que j'ai de mon état psychique actuel me laisse penser que je suis plutôt heureux d'être écrire ce texte, à l'instant présent, et de partager ces quelques réflexions philosophiques avec vous !!! donc c'est plutôt très bon signe)

Je ne suis pas libre de le poster ou pas, mais j'aime l'écrire (et c'est ce qui fait que je suis en fait libre au sens absolu du terme, au sens spinoziste, et que je sais que le fait que je vais le poster, ça va contribuer à libérer une partie de mon potentiel de vie dans l'univers !

Si je gardais ce texte spinoziste pour moi, une partie de ce potentiel serait bridé, car je pense que des réflexions philosophiques doivent se partager. J'aime le fait de vous les faire connaître ; et je me dis que si en retour, elles touchent des gens, sont comprises (au moins un peu) et incitent à des réflexions ( voire pourquoi pas des débats contradictoires), si elles font accoucher des idées, et pourquoi pas des remises en question par effet boule de neige de certains comportements face aux choses ( moi je vois souvent la pensée de spinoza comme l'arme absolue contre la dépression et la négativité par exemple, et contre toutes les attitudes nihilistes, niant la vie et souhaitant la mort, la destruction... Chez Spinoza l'aspiration de l'homme, du fait de son conatus - en gros le conatus c'est la "pulsion de vie" qu'on a tous, l'aspiration de l'homme donc, c'est bel et bien la vie et comme il le dit dans un de ses textes l'homme pensent à rien moins qu'à la mort. Pour moi c'est donc par excellence le philosophe qui incite et pousse à aimer la vie, et à même de redonner espoir à ceux qui souffrent ou sont en dépression et animés d'un regard blasé ou rancunier face aux choses du monde.

et DONC, si par ce texte , que je vais sans doute poster et partager, je contribue à lutter au moins un peu contre ça, on perçoit bien qu'il aura été " bénéfique" !! si ça rend d'autres personnes plus heureuses, alors le potentiel de ce texte aura opéré !!!

Et ce sera bien meilleur que si je l'avais gardé pour moi !! On comprend donc bien que le fait que je le poste sera une manifestation comme une autre de cette perfection qui agit dans la Nature. Peut-être qu'à travers lui certains verront la vie différemment. En tout cas faute d'arriver à relativiser leurs plus grands malheurs (c'est toujours très difficile) au moins, arriver à positiver sur des petites choses.

Et qui sait, par effet "contamination positive" agir en retour sur l'entourage , les gens autour de soi, et créer un effet papillon, un effet diffusion de la joie autour de soi qui libèrera toute sorte d'autres potentiels de vie qui rendront le monde "meilleur"
(encore une fois , meilleur entre guillemet. Le monde ne peut fondamentalement pas être meilleur, il est déjà parfait, si vous m'avez suivi. D'ailleurs, si je contribue à la perfection du monde en postant ce texte, et s'il s'avère que des personnes le contredisent, voire s'en méfie, trouvent que certaines idées ne tiennent pas debout, ou même sont néfastes, et le font savoir avec des arguments et dans un esprit de débat constructif, ce qu'on peut dire c'est qu'eux aussi évidement contribueront à cette espèce de perfection du monde car c'est justement dans la controntation des choses, des points de vue, la confrontation des hommes, des idées, l'entremêlement de toute chose, et dans la soupe qui en émerge, cette soupe qui est la Nature éternelle qui ne cesse de prendre d'autres parfums, d'autres formes internes, c'est dans CELA que réside la vraie perfection. La perfection n'est pas dans ce texte mais dans l'effet qu'il produira. Qui sera de toute manière "positif" au sens spinoziste du terme.

Et c'est ainsi que les détracteurs de ce texte s'il y en a, donneront paradoxalement raison eux aussi à Spinoza et à sa pensée sans le savoir.

Je m'arrêterai là car comme vous le voyez, c'est un abîme de paradoxes en apparence sans fin)
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Messagepar phoenlx » ven. oct. 15, 2010 10:22 pm

sur la convergence Einstein / Spinoza

Tiens je suis actuellement en train de faire un peu du ménage sur le forum avec la réorganisation de vieux topics ; histoire d'éviter de supprimer ce sujet je remets cette réflexion que j'avais déjà posté sur le forum ( Einstein et Spinoza étant tous deux Juifs, et vu certains liens du sujet avec les discussions autour du rapport Science / religion / métaphysique que nous avions eu sur le forum à l'époque, je les avais posté dans la rubrique religieuse mais je préfère déplacer ça dans ce bon vieux topic sur spino où c'est plus à sa place ^^

J'aime beaucoup la philosophie de Spinoza. Einstein quant à lui est pour moi un type génial qui a révolutionné la science et que j'ai toujours admiré, je suis content de voir à travers ce texte une espèce de lien entre les deux (du moins une compatibilité) On pourra en débattre


Einstein et Spinoza

Par Gustavo Cevolani, (Aedes Spinoziana)

[Ce texte est traduit de l’italien. Il est publié dans le numéro de mai 2001 du bulletin Ethica et disponible sur le site http://www.fogliospinoziano.it/]

Une confrontation entre Spinoza et Albert Einstein, génial scientifique du début du xxe siècle et père de la physique contemporaine, pourrait sembler hasardeuse s’il n’y avait pas le très grand nombre de citations qu’Einstein lui-même dédie au philosophe dans ses ouvrages non strictement mathématiques. Ce fait pourrait à son tour apparaître comme rien d’autre qu’une curiosité, mais c’est en réalité l’indice d’une profonde familiarité du physicien allemand avec la pensée et les idées de Spinoza, comme je voudrais le montrer dans les brèves notes qui suivent.

Je crois que les principaux fils qui lient Einstein à l’expérience intellectuelle de Spinoza sont au nombre de trois. En premier lieu et au niveau général, le sentiment qu’Einstein appelle "religiosité cosmique" ; lié à celui-ci, la conviction "métaphysique" d’une causalité physique complète ; et enfin, à un niveau biographique même, l’appartenance à cette "communauté des hérétiques" qu’Einstein entendait partager avec le philosophe d’Amsterdam. Dans les lignes qui suivent, je chercherai à illustrer ces points au moyen de plusieurs citations des œuvres d’Einstein et de quelques brefs commentaires.

La religiosité cosmique[1] est l’expression la plus haute du sentiment religieux de l’homme, en tant qu’opposée à l’ensemble des normes et doctrines qui constituent, inversement, la religion traditionnelle. Selon Einstein, toutes les doctrines religieuses conventionnelles, telles qu’elles sont incarnées par les diverses églises existantes, sont erronées en tant qu’elles sont dogmatiques et par là opposées à la pensée rationnelle et à la science. Une telle réfutation, toutefois n’équivaut pas ni ne porte à l’athéisme, à moins que par "athée" on ne veuille désigner celui qui ne croit pas en dieu anthropomorphe et agissant dans le monde en tant que sujet supérieur et distinct.[2]

Les dogmes traditionnels étant exclus, reste pour Einstein un sentiment religieux plus général et plus profond, commun à tous les hommes, impersonnel mais non opposé à la pensée rationnelle et scientifique et duquel les doctrines traditionnelles elles-mêmes ont peut-être tiré leur origine.[3] Un tel sentiment consiste dans la reconnaissance d’une unité dans le monde ou dans la nature, une sorte "d’harmonie préétablie" leibnizienne qui se révèle en premier lieu dans notre connaissance du monde lui-même.[4]

Précisément, dans la connaissance scientifique, c'est-à-dire dans la connaissance rationnelle des liens de causalité entre les choses, Einstein trouve les fondements tant du refus de la religion conventionnelle que de l’interprétation correcte du sentiment religieux, et conséquemment de l’éthique et de la morale. Pour le scientifique, en effet, les mêmes lois générales causales de la physique gouvernent tous les évènements naturels : de la chute d’une pierre, au lancer d’un projectile et jusqu’à la volonté humaine elle-même. En ce sens, la nécessité physique exclut par principe l’existence d’un être d’un être supérieur, semblable à nous et qui, sur un mode semblable au nôtre peut agir dans la nature et en dehors de ces lois nécessaires. Les religions traditionnelles, basées sur une telle image de l’être suprême sont donc tout simplement dans l’erreur ; un accord entre science et religion est alors impossible et, dans la confrontation, la dernière doit succomber.

D’autre part, dans la connaissance rationnelle elle-même se fonde la religiosité de l’homme : "le savant, lui, [est] convaincu de la loi causalité de tout évènement […] Sa religiosité consiste à s’étonner, à s’extasier devant l’harmonie des lois de la nature dévoilant une intelligence si supérieure que toutes les pensées humaines et toute leur ingéniosité ne peuvent révéler, face à elle, que leur néant dérisoire"[5] Pour lui, au contraire de la religion traditionnelle, la religiosité cosmique est dans un "admirable accord" avec la science et la pensée rationnelle, et de cela il se nourrit :

"Il est certain qu’à la base de tout travail scientifique un peu délicat se trouve la conviction, analogue au sentiment religieux, que le monde est fondé sur la raison et peut être compris. […] Cette conviction liée au sentiment profond de l’existence d’un esprit supérieur qui se manifeste dans le monde l’expérience constitue pour moi l’idée de Dieu ; en langage courant on peut l’appeler "panthéisme" (Spinoza)".[6]

Ceci est peut-être la définition la plus exacte de la position d’Einstein, que lui-même précise en citant le nom de Spinoza. Dans cette vision je crois que doit être lu le célèbre mot d’Einstein, "Dieu ne joue pas aux dès", plusieurs fois réaffirmé, en particulier dans les lettres à son ami et collègue Max Born relativement à l’interprétation non déterministe et relativiste de la mécanique quantique. Le ferme refus de la solution de Born à ces problèmes naît véritablement de l’identification entre le caractère nécessaire des lois causales et la compréhensibilité de la nature, qui, selon Einstein, est niée par l’interprétation théorique de son ami.[7]

Dans la religiosité cosmique se trouve donc l’idée même de la possibilité de connaître le monde, en tant qu’harmonie des lois causales. Il est intéressant de souligner que c’est la même foi dans une causalité physique absolue, c'est-à-dire dans une vision substantiellement matérialiste et déterministe du monde, qui porte Einstein à tenir pour impossible l’existence d’une divinité au sens traditionnel mais en même temps à reconnaître une empreinte supérieure et divine dans la structure du monde même. Reconnaître et admirer l’absolue nécessité des choses (dévoilée par moments par les lois de la physique), c’est le premier pas vers une authentique pensée religieuse : un pas accompli selon Einstein par les grands penseurs de tous les temps, et en particulier par Démocrite et Spinoza, les seuls qui soient aussi radicaux et aussi conséquents "dans la ferme croyance dans la causalité physique, une causalité qui ne s’arrête pas face à la volonté de l’homo sapiens".[8]

La nécessité naturelle, donc, non seulement ne détruit en aucune manière la possibilité du sentiment religieux (en constituant au contraire le fondement) mais, en particulier, elle n’interdit pas la possibilité d’une morale authentique. Il pourrait sembler que, dans une vision parfaitement causale de la nature, la dimension spirituelle humaine serait reléguée comme un engrenage insignifiant du mécanisme : au contraire, c’est véritablement dans la contemplation de la causalité que l’homme peu reconnaître la présence de quelque chose transcendant l’individu et la voie pour une véritable réalisation en tant qu’être libre : "Être religieux", dit Einstein, signifie "être libéré des chaînes des désirs égoïstes propres" et ces chaînes sont brisées en premier lieu dans la reconnaissance de la dimension "divine" du monde, indépendamment de son identification avec une quelconque Être suprême.[9]

En ce sens, non seulement la science et la religion s’accordent[10], mais la première peut constituer une voie d’accès à la seconde : "Comment cette religiosité peut-elle se communiquer d’homme à homme, puisqu’elle ne peut aboutir à aucun concept déterminé de Dieu ni à aucune théologie ? Pour moi, le rôle le plus important de l’art et de la science consiste à éveiller et maintenir éveillé ce sentiment dans ceux qui lui sont réceptifs"[11]. Si le véritable but de la religion est d’indiquer à l’homme la route pour se libérer des appétits et des peurs égocentriques, en cela elle coopère avec la science qui montre la possibilité même de ce but dans son effort continu d’unification rationnelle transcendant l’individu.[12] D’autre part, en ce moment de tension morale vers une dimension supérieure réside l’essence même de l’éthique, dont l’exercice devient indispensable à partir du moment où la science (entendue comme pensée rationnelle) nous dit "ce qui est mais non ce qui devrait être."[13] "La véritable valeur d’un homme se détermine en examinant dans quelle mesure et dans quel sens il est parvenu à se libérer du "je".[14]

Einstein exprimait à maintes reprises sa véritable religiosité, l’extranéité à l’égard de toute église et sa proximité de la philosophie éthique de Spinoza :

"Les génies religieux de tous les temps se sont distingués par cette religiosité face au cosmos. Elle ne connaît ni dogme, ni Dieu conçu àl’image de l’homme et donc aucune église n’enseigne la religion cosmique. Nous imaginons aussi que les hérétiques de tous les temps de l’histoire humaine se nourrissaient de cette forme supérieure de la religion. Pourtant leurs contemporains les suspectaient souvent d’athéisme mais parfois aussi de sainteté. Considérés ainsi, des hommes comme Démocrite, François d’Assise et Spinoza se ressemblent profondément."[15]

L’affinité qui l’unit à Spinoza est perçue par Einstein aussi sous cet aspect : ils comptent tous deux au nombre des "hérétiques", c'est-à-dire de ceux qui nient l’existence d’un Dieu anthropomorphe et juge du bien et du mal. Un Dieu qui récompense et punit est inconcevable pour Einstein puisque les actions d’un homme sont "déterminées par la nécessité externe et interne, de sorte qu’aux yeux de Dieu il ne peut pas être plus responsable qu’un objet inanimé est responsable du mouvement dont il participe.[16] Ceci ne signifie toutefois pas être immoral, comme nous l’avons dit, du moment que les bases de l’éthique sont complètement humaines et non divines. "Pour le sage, le futur est en tout nécessaire et déterminé comme le passé ; la morale n’a rien de divin, c’est une question purement humaine."[17]

La confusion entre dogmatisme et moralité est précisément à l’origine des incompréhensions et des condamnations que rencontre celui qui comme Einstein ou Russell[18] soutient une religion "humaine" et libre des liens doctrinaux.

Ces incompréhensions, qui, à Einstein (au contraire de Spinoza) ne coûtèrent probablement rien d’autre que le blâme des bigots, s’ajoutent toutefois dans son cas aux amertumes que lui ont causé dans les dernières années soit la situation allemande, soit celle de la physique mathématique. Jusqu’au moment de son exil volontaire en Amérique, Einstein se battra contre le militarisme, l’antisémitisme et le racisme toujours plus répandus et pas seulement en Allemagne ; dans le même temps, il se trouvera à réfuter l’interprétation de la physique des quanta désormais acceptée par toute la génération nouvelle des physiciens, par lesquels il sera plus d’une fois considéré comme "un fossile survivant d’un époque préhistorique"[19] Ce fut peut-être de cette situation sombre que naquit le commentaire ironique d’Einstein : "il n’y a que deux choses infinies, l’univers et la stupidité humaine ; et je ne suis pas sûr pour le premier". Certainement, pour sa même reconnaissance, ce qui lui permit de surmonter cette situation, ce furent ses convictions religieuses dans le sens défini plus haut. [20]

Dans les brèves notes ci-dessus j’ai cherché à illustrer avec exactitude les points de contact qui me semblent exister entre la pensée "philosophique" d’Einstein et la personnalité et les idées de Spinoza. Sûrement la réflexion d’Einstein en morale ne tente pourtant pas de parvenir à l’achèvement et à la systématicité de la théorie spinozienne ; il me semble toutefois indéniable qu’il y a entre les deux penseurs une profonde familiarité. Je laisse juge le lecteur de la mesure dans laquelle une telle affinité peut être justifiée à partir des pages du texte même de Spinoza.


[1] C’est la traduction de l’expression anglaise “cosmic religious feeling”, utilisée par Einstein dans Religion and Science, un article écrit pour le New York Times Magazine en 1930 et réimprimé dans “Comment je vois le monde” (Champs-Flammarion pour la traduction française). Philosophical Library, New York, 1949

[2] En ce sens, cette attitude porte plutôt à l’hérésie. On le voit à la fin de cet essai.

[3] La naissance des cultes anthropomorphes ou démoniaques (c'est-à-dire de ce qu’Einstein appelle "religion de la terreur") est au contraire expliquée par Einstein justement par le manque d’une physique évoluée parmi les peuples primitifs. Voir Comment je vois le monde, p.16

[4] Invention lors de la célébration des soixante ans de Max Planck (1918) à l’Académie de Berlin. Repris dans Comment je vois le monde.

[5] Comment je vois le monde…p.20

[6] ibid.

[7] Voir le recueil Scienza e vita. Lettere 1916-1955, Einaudi, Torino, 1973; traduction italienne de Briefwechsel 1915-1955, 1965, publié par Born lui-même.

[8] Ce jugement sur les deux philosophes est exprimé par Einstein dans une lettre à son ami Maurice Solovine (in Einstein, Opere scelte, Bollati Boringhieri, Torino, 1988; p. 732), responsable d’une édition des fragments de l’atomiste grec et fondateur en 1903, avec Einstein lui-même et Konrad Habicht, d’une cénacle philosophique dans lequel Spinoza était mis en discussion aux côtés de Hume, Mach, Riemann et Poincaré.

[9] A. Einstein, Out of my later years, 1950

[10] “La science sans la religion est boiteuse, la religion sans la science est aveugle”, écrivait Einstein en 1941 (voir Einstein, Pensées)

[11] Comment je vois le monde, p.18

[12] Pensées

[13] ibid.

[14] Comment je vois le monde.

[15] Op. cit. p.18

[16] ibid.

[17] ibid.

[18] Bertrand Russell perdit plusieurs charges d’enseignement (par exemple au collège de New York), à cause de ses idées “immorales”. En au moins une occasion, Einstein, déjà en Amérique depuis 1933, intervint en sa défense, en témoignage d’une amitié qui dura jusqu’à la mort du physicien en 1955. À Russell Einstein laissa aussi un Testament spirituel, un appel aux politiques de la Terre en faveur du désarmement nucléaire.

[19] voir les lettres à Born dans Science et vie, citée en note 7, dans laquelle Einstein discute plusieurs fois avec son ami soit des problèmes politiques et sociaux soit de ces "dialogues de sourds" (Born) qui désormais séparent Einstein de la communauté de ses collègues.

[20] Comment je vois le monde.



Ecrit par dcollin, le Samedi 26 Mars 2005, 20:56 dans "Philosophie italienne".

( http://denis-collin.viabloga.com/news/56.shtml )
Je crois au Dieu de Spinoza, qui se révèle dans l'ordre harmonieux de ce qui existe, et non en un dieu qui se préoccupe du sort et des actions des êtres humains (Albert Einstein)
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Messagepar phoenlx » mer. janv. 12, 2011 5:59 pm

J'ai présenté le lien il y a quelques jours dans le topic sur Gilles Deleuze mais je le remets ici puisqu'il concerne Spinoza, il s'agit d'un bout d'une très longue interview du philosophe Gilles deleuze à propos de Spinoza et de sa philosophie ( c'est très intéressant )

Gilles Deleuze ( sur Spinoza et la joie )
La partie 1 ;
La partie 2

Sinon, aujourd'hui je me suis acheté une nouvelle version de l'Ethique ( édition bilingue : latine / traduction en français ) même si je ne connais rien au latin c'est intéressant d'avoir le vrai texte sur la page de gauche .. )
je dois me confesser en fait jusqu'ici je ne possédais même pas l'Ethique ( à part en version complète téléchargée sur le net ) erreur monumentale à présent réparée.

Ceci dit, ceux qui veulent se lancer dans ce texte c'est limite imbuvable , autant prévenir tout le monde ( perso j'ai souvent moins de mal avec certains commentaires de Spinoza par d'autres auteurs, comme Deleuze tiens justement, qu'avec Spinoza lui-même et tous ceux qui se sont lancé un jour dans sa philosophie doivent comprendre pourquoi, c'est vraiment ardu à lire .. :roll:
Je crois au Dieu de Spinoza, qui se révèle dans l'ordre harmonieux de ce qui existe, et non en un dieu qui se préoccupe du sort et des actions des êtres humains (Albert Einstein)
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phoenlx
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Re: Baruch Spinoza ( + petit débat sur le déterminisme)

Messagepar phoenlx » dim. avr. 10, 2011 4:52 pm

Je poste un texte d'un certain Pierre Hayat tiré du numéro 577 des Cahiers rationalistes, juillet-août 2005 ( source : le site spinoza et nous )
texte fort approprié en cette période de débat sur la laïcité au gouvernement et à l'assemblée ( sur fond de polémiques .... )


LAÏCITE ET LIBERTE - LA RESSOURCE SPINOZISTE

Un certain "marxisme" a longtemps relégué la question religieuse au rang de superstructure subalterne. La lecture attentive du Traité théologico-politique1 par le jeune Marx a été ignorée et la laïcité considérée comme un faux problème. Encore aujourd’hui, une partie de la gauche, héritière de ce "marxisme" qui a méconnu les combats de Marx contre une morale asservie à la religion, est volontiers complaisante envers les communautarismes religieux. La pensée laïque, au contraire, voit dans l’affranchissement du politique de la tutelle religieuse une condition essentielle de l’émancipation humaine. Spinoza serait, à cet égard, un précurseur de la laïcité parce que son Traité théologico-politique est un manifeste en faveur de l’autonomie du politique par rapport aux clergés. Sa position paraît d’autant plus significative qu’il a pris la mesure de l’enracinement anthropologique de la religion : qu’elle se rapporte à nos craintes ou à nos espérances, qu’elle fasse écho à notre volonté de savoir ou à notre besoin de protection, la religion lui a paru donner aux actions humaines "plus de poids qu’à tout autre mobile"2.

La laïcité récuse le mélange du religieux et du politique : est-elle, pour cette raison, antireligieuse ? Se satisfait-elle d’un État débarrassé de la pression des religions ? Parvient-elle à concilier les droits politiques et ceux de la conscience ? En s’affirmant rationaliste, est-elle en phase avec la contestation contemporaine des effets de la technoscience ? Ces questions qui sont aujourd’hui les nôtres, nous les avons posées à l’auteur du Traité théologico-politique. Les remarques qui suivent sont le résultat d’une confrontation directe de ces problèmes à ce "livre explosif"3 paru anonymement en 1670.

Séparer l’État et la religion

Par sa manière d’affronter la religion, Spinoza a inauguré la critique laïque, désormais classique, de la collusion de la politique et de la religion. Il a montré comment la religion pouvait devenir un instrument redoutable au service du pouvoir politique. Selon Spinoza, ceux qui sont maîtres de l’État, ou aspirent à le devenir, sont enclins à utiliser les clergés pour se donner une assise idéologique qui intériorise le principe d’obéissance. Le monarque, en particulier, "colore du nom de religion la crainte qui doit pouvoir maîtriser (les hommes) afin qu’ils combattent pour leur servitude, comme s’il s’agissait de leur salut, et croient non pas honteux, mais honorable au plus haut point de répandre leur sang et leur vie pour satisfaire la vanité d’un seul homme"4. Dans un État religieux, désobéir au pouvoir politique, c’est ipso facto désobéir à Dieu.

Dans l’alliance du sabre et du goupillon, la religion n’est pas seulement la servante du politique : les clergés peuvent œuvrer pour leur propre compte et trahir ainsi des ambitions politiques. Spinoza observe que les clergés exercent facilement leur empire sur la foule lorsque l’État est en crise. En se réclamant de la loi de Dieu pour juger la loi des hommes, ces religieux "cherchent un moyen de parvenir eux-mêmes au pouvoir"5 Les fonctions sacerdotales ne sont pas, dans ces conditions, exercées par "amour de propager la foi en Dieu " mais pour satisfaire " une ambition et une avidité sordides"6. Quant au politique, il ne peut plus prendre une décision sans demander aux ecclésiastiques si elle est ou non conforme à la loi religieuse ; tout dépend alors de leur bon vouloir.

C’est ainsi que Spinoza juge "pernicieux, tant pour la Religion que pour l’État, d’accorder aux ministres du culte le droit de décréter quoi que ce soit ou de traiter les affaires de l’État"7. On ne saurait être plus clair dans la critique : ce n’est pas la religion, comme telle, que Spinoza "combat"8, mais l’immixtion de la religion dans la politique. Et la solution qu’il préconise permet de jeter les bases de la laïcité politique : "L’exercice du culte religieux et les formes extérieures de la piété doivent se régler sur la paix et l’utilité de l’État"9. Les Églises et l’État doivent être séparés de façon à rendre possibles l’autonomie du politique et la mise en conformité des pratiques religieuses au droit public. La laïcité de l’État se trouve ainsi établie10. L’invocation d’une loi religieuse ne saurait être prétexte à contestation de la loi que les hommes se sont librement donnée.

Laïcité et démocratie

Est-ce à dire qu’avec Spinoza, la laïcité se réduirait à une laïcité d’État ? Si tel était le cas, ce ne serait pas seulement la liberté religieuse qui se trouverait compromise mais la liberté politique aussi, puisque l’État disposerait d’un pouvoir sans limites. L’intérêt de Spinoza consiste justement à montrer que l’émancipation du politique, poussée à son terme, est la démocratie. Pour Spinoza, la souveraineté du peuple est l’essence de l’État laïque. "Le véritable fondement de l’État", dit Spinoza, est la nécessité pour "l’individu (de transférer) à la société toute la puissance qui lui appartient de façon à ce qu’elle soit seule à avoir... une souveraineté de commandement"11. L’État spinoziste est démocratique car c’est à l’ensemble de la société, non à un individu, ni à une partie du corps social, que chacun doit obéissance.

L’État démocratique s’oppose en tous points à l’État religieux. Dans ce dernier, les gouvernants sont enclins à exiger des sujets une obéissance aveugle puisqu’ils se posent en messagers exclusifs d’une volonté transcendante. Dans l’État démocratique, au contraire, l’individu n’a pas à renoncer à sa liberté de pensée et d’expression. Si le membre d’un État démocratique n’agit pas comme bon lui semble, il ne se soumet à personne ; en obéissant à toute la société, il obéit à lui-même et demeure le plus libre qu’il est possible. L’État démocratique est identifié par Spinoza comme le plus conforme à la liberté que la Nature reconnaît à chacun, car l’individu remet son pouvoir de décider non à un autre individu, ou à quelques autres, mais à la majorité de la société dont lui-même fait partie. Ainsi, la liberté se trouve-t-elle intimement associée à l’égalité puisque dans une telle situation, tous les individus deviennent égaux.

On voit quel parti il peut être tiré de la conception spinoziste des fondements de l’État. L’idée laïque, qui signifie que la loi imposée aux hommes est d’institution humaine, atteste le caractère démocratique d’une société. Elle confirme que la souveraineté du peuple n’est pas placée sous l’autorité d’une puissance transcendante.

Deux souverainetés ?

L’un des efforts de la laïcité est précisément de croiser les nécessités du droit politique et les exigences de la libre pensée. Sur ce plan encore, la laïcité trouve en Spinoza un précurseur. Spinoza affirme simultanément que le politique détient une " souveraine autorité pour interpréter les lois ", y compris religieuses, et que chacun dispose d’une " souveraine autorité pour juger la Religion et conséquemment se l’expliquer à lui-même "12. Mais n’y aurait-il pas contradiction à poser que deux souverainetés peuvent coexister ? Spinoza, déjà, donne les outils théoriques pour penser cette coexistence. Tandis que le droit de l’État de régler tant les choses sacrées que profanes se rapporte aux actions seulement, la souveraineté de l’individu " consiste dans la simplicité et la candeur de l’âme (qui) n’est soumise à aucune autorité publique "13. La souveraineté de l’individu est relative aux fins que chacun assigne à sa propre existence ; elle constitue un rapport entre soi et soi-même. La véritable contradiction n’est pas entre la souveraineté de l’État et la souveraineté de la conscience mais entre la liberté de la conscience et la pression qu’un État peut exercer sur les consciences. Il serait contradictoire, en effet, qu’on puisse être " contraint par la force ou par la loi à posséder la béatitude "14.

Souveraineté politique et souveraineté de la conscience n’entrent pas en concurrence parce qu’elles ne sont pas du même ordre. L’une concerne " l’ordre public " tandis que l’autre relève du " droit privé ". C’est pour " la même raison " que l’État est l’interprète des religions et que l’individu est son propre juge en matière de religion. Autorité politique et liberté de conscience sont conciliables quand les bornes du politique ne sont pas définies par une loi transcendante mais par la nature de l’autorité politique : veiller à l’utilité commune et au droit public. Avant Rousseau, Spinoza demande d’admettre que le souverain ne passe pas les bornes de l’intérêt général dans la mesure où son objet est précisément l’intérêt général. La souveraineté politique a des limites de principe car le " culte intérieur de Dieu et la piété elle-même relèvent du droit de l’individu (...) qui ne peut être transféré à un autre "15.

Le refus d’un " État dans l’État "

Cette distinction, essentielle pour la théorie laïque, de la sphère publique et de la sphère privée est clairement établie par Spinoza. Plus fondamentale que la distinction de l’individuel et du collectif, elle concerne prioritairement les appareils religieux et l’institution politique. Ainsi, la distinction du domaine de la conscience individuelle et de la sphère politique se retrouve-t-elle dans la distinction de l’Église et de l’État. Aujourd’hui, les laïques s’appuient en France sur la loi de séparation des Églises et de l’État du 9 décembre 1905. Cette loi n’accorde pas une indépendance réciproque à deux puissances de même nature. Elle ne considère pas les Églises et l’État comme deux entités juridiques semblables. Si tel était le cas, les religions n’auraient aucun compte à rendre à la République et existeraient au sein de l’État comme un État souverain.

En refusant aux Églises le droit d’exister comme " un État dans l’État "16, Spinoza est, là encore, un précurseur de la laïcité. Une telle séparation qui libérerait les Églises de leurs obligations vis-à-vis de la loi commune, donnerait à la religion un statut dérogatoire. Les clergés pourraient alors aisément se placer en situation de changer les règles du jeu de la société. De proche en proche, cet " État dans l’État " suivrait la pente naturelle de tout État si rien ne l’arrête : devenir l’État dominant.

Démocratie et culture rationaliste

Mais suffit-il qu’un État ne soit ni dominé ni concurrencé par la religion pour être effectivement démocratique ? Spinoza ne le pense pas. Car un État qui s’impose à un peuple de façon autoritaire, à défaut de rencontrer son approbation, n’est pas démocratique. Lorsque les lois ne sont plus reconnues comme de véritables lois, œuvrant pour le salut du peuple, l’État laïque court à sa perte. Des religieux avides de pouvoir finissent par faire impression sur les masses lorsque l’autorité laïque a perdu la confiance du peuple. Aussi convient-il d’ établir partout des institutions qui encouragent les individus à mettre le droit commun au-dessus de leurs avantages privés. Là est, aux yeux de Spinoza, " l’œuvre laborieuse à accomplir ". Un régime démocratique ne saurait reposer durablement sur la soumission à un État tenu éloigné de la société : il a besoin de citoyens actifs, responsables de leurs actes et de leurs paroles.

Un État religieux tend à faire croire aux hommes qu’ils n’agissent pas par leur propre décret ; il dépossède les hommes de leur pouvoir de décider collectivement. Mais il est dans la nature d’une démocratie laïque d’inciter chacun à prendre part activement et lucidement à la vie publique17. Toute forme d’orthodoxie se trouve alors récusée. Dans l’État démocratique pensé par Spinoza, tous conviennent d’agir par un commun décret mais non de juger et de raisonner en commun. Des habitudes de liberté soutiennent une société laïque autant que des institutions bien agencées.

Spinoza nous fait ainsi remonter aux sources vives du rationalisme qui ne se réduit pas à la confiance en la science et la technique et ne se reconnaît pas dans une prétendue raison d’État. Une culture rationaliste se développe dans une société affranchie de la crainte permanente du châtiment divin mais aussi de la coercition étatique. Elle voit dans la liberté de pensée et dans la discussion publique la condition de la solidité de la société civile. Spinoza n’annonce pas une laïcité religieuse qui transforme l’obligation citoyenne en un serment de fidélité. S’il admet l’utilité d’une foi pratique en des règles fondamentales de sociabilité, cette " foi " suppose l’acceptation de la libre confrontation des idées. C’est ainsi que dans une démocratie laïque, chacun est encouragé à " penser ce qu’il veut et (à) dire ce qu’il pense "18. On y est reconnu pleinement homme, capable de raisonner par soi-même et publiquement, sujet de droits et de devoirs, sans avoir besoin d’une quelconque caution religieuse.

Une lecture laïque des textes religieux

Il s’ensuit que la critique des religions est un droit auquel nul démocrate ne saurait renoncer. Spinoza a devancé la pensée laïque contemporaine en osant affirmer que " presque tous les hommes substituent à la parole de Dieu leurs propres inventions et s’appliquent uniquement sous le couvert de la religion à obliger les autres à penser comme eux "19. Mais l’actualité de Spinoza se vérifie avec plus d’acuité encore par sa manière d’aborder l’étude des textes religieux. Le philosophe revendique le droit d’interpréter librement les textes religieux, en s’affranchissant des préjugés et en ne cédant pas aux pressions des pouvoirs, qu’ils soient religieux ou politiques.

Là encore, la posture intellectuelle de Spinoza est laïque avant l’heure, car Spinoza estime qu’il n’y a pas lieu de s’autoriser d’un quelconque pouvoir pour interpréter un texte religieux. " Il ne doit y avoir d’autre règle d’interprétation que la Lumière naturelle commune à tous ; nulle lumière supérieure à celle de la nature, nulle autorité extérieure. "20 Il ne s’agit pas, pour Spinoza, de rationaliser artificiellement les textes religieux car ce serait remplacer un préjugé par un autre. Un texte religieux est symbolique et non pas rationnel : " L’Écriture laisse la raison absolument libre et n’a rien de commun avec la philosophie (...) l’une et l’autre se maintiennent par une force propre à chacune "21. Le projet de Spinoza est de lire les textes religieux dans leur cohérence interne et leur complexité. La méthode pour connaître les textes religieux n’est pas moins immanente que celle qui est requise pour connaître la nature. Point n’est besoin d’inspiration divine pour lire un texte religieux : la connaissance du contenu de l’Écriture doit être tirée de l’Écriture même, comme la connaissance de la Nature doit l’être de la Nature même.

Cette lecture interne signifie qu’on ne projette pas ses propres préjugés sur un texte religieux. Elle se combine avec les préceptes d’une lecture externe qui relève de l’histoire critique : déterminer la vie et les mœurs de l’auteur de chaque livre, le but qu’il se proposait, à quelle occasion, pour qui et en quel temps. Dépassant déjà l’opposition entre une lecture structurale et une lecture pragmatique des textes qui font autorité, Spinoza s’intéresse même aux hommes qui ont décidé de recueillir les textes religieux ainsi qu’aux diverses leçons que les uns et les autres en ont tirées22.

Les " fondamentaux " de la laïcité ?

Que retenir de ce traité de laïcité qu’est le Traité théologico-politique ? Ferdinand Buisson, qui fut le maître d’œuvre de l’école laïque, invitait les républicains de la Troisième République à tourner leur regard vers Spinoza : " Comment pourrions-nous, en plein courant démocratique, répudier l’idéal que le penseur solitaire osait faire entrevoir aux vieilles monarchies ? "23 Buisson ne repéra pas seulement en Spinoza le théoricien d’une laïcité tolérante, mais le précurseur d’une laïcité démocratique. En un temps où il semble urgent de retrouver les " fondamentaux " de la laïcité, nous pouvons nous appuyer sur Spinoza pour reconnaître dans la liberté intérieure, critique et politique, le noyau de la laïcité.

La laïcité, en effet, fait droit à la liberté intérieure en chacun. Même si la foi est vécue comme une aspiration et non comme un choix, elle demeure une expérience intérieure. Elle est, comme dit Spinoza, de " droit privé " exprimant par là même, les limites de la souveraineté politique. Mais la vocation émancipatrice de la laïcité s’accomplit également comme liberté critique, affranchie des dogmes et des préjugés. Cette seconde figure de la liberté, rationnelle et dialogique, est appelée à se déployer sans entraves dans une société laïque. Il lui revient alors de s’ordonner elle-même, en se contrôlant et en se rectifiant sans cesse. Enfin, la liberté portée par l’idée laïque, est de nature politique. Affranchie de la tutelle ecclésiastique, la démocratie politique est " l’œuvre à accomplir " collectivement.

Ces trois libertés - intérieure, critique, politique - que nous avons rencontrées dans le Traité théologico-politique, ne se comprennent pas l’une sans l’autre. Elles mènent aux " fondamentaux " de la laïcité et suffisent, pensons-nous, à prouver que Spinoza ne se serait pas satisfait d’une laïcité d’État. Un État rendant à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu est, certes, un progrès par rapport à une théocratie. Mais ce progrès se paie d’une extension incontrôlée du pouvoir étatique. L’identification de la laïcité à la " séparation du temporel et du spirituel " présente ainsi un double risque : d’abord, de laisser l’État à sa toute-puissance " terrestre ", potentiellement oppresseur et conquérant ; ensuite, de conférer à la religion l’exclusivité du " spirituel ", assimilé à un au-delà compensateur. La laïcité contemporaine, précisément, a des ambitions plus hautes que la seule séparation juridique du temporel et du spirituel. Elle suppose que la société est l’œuvre inachevée des hommes - qu’elle a, de ce fait, une vocation " spirituelle " Internationaliste et universaliste, la laïcité veut la justice dans la démocratie et l’émancipation par la raison. Spinoza est bien notre contemporain.



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Re: Baruch Spinoza ( + petit débat sur le déterminisme)

Messagepar phoenlx » ven. juin 03, 2011 10:01 pm

Image

Spinoza et autres hérétiques. Paris, Éd. du Seuil, 1991, 561 p. (trad. de l'anglais par Eric Beaumatin et Jacqueline Lagrée ; coll. « Libre examen - Histoire de la pensée»).

Plus qu'un ouvrage de philosophie le livre de Y. Y. nous propose une analyse contextuelle et une généalogie intellectuelle de la pensée de Spinoza articulée en deux parties. Dans la première, «le marrane de la raison», il montre comment, avec quelques autres, Spinoza ouvre une voie dissidente, « hérétique », à la pensée de son époque - ce qui lui vaudra le bannissement de la part de la communauté juive d'Amsterdam, sa communauté d'origine -, en voulant substituer une religion de la raison s'exprimant dans la science et l'éthique, aux grandes religions historiques (judaïsme et christianisme). Pour Y. Y, Spinoza et ces autres dissidents que sont Uriel Da Costa, Prado, Fernando de Rojas, doivent à leur condition et à leur culture marranes les éléments essentiels de leur pensée, à savoir le scepticisme envers les religions historiques, la métaphysique im-manentiste, le recours au double langage {la Célestine), la quête d'une autre voie de salut (la connaissance). Spinoza se voit en effet condamné à être doublement marrane, marrane au sein de sa propre communauté d'origine, et ce avant la rupture, et marrane au sein de la société hollandaise dont il est séparé par son refus de la conversion mais plus encore par l'impossibilité dans laquelle il se trouve de communiquer le fond de sa pensée philosophique et métaphysique.

Spinoza, et plus encore son contemporain Prado, banni comme lui, font figure de juifs non-religieux alors même que ce concept n'existe pas encore et que la distinction entre appartenance ethnique et appartenance religieuse (déjà mise en œuvre en Espagne avec les convers) est encore concevable à Amsterdam. Y. Y. conclut cette première partie en af-

firmant que Spinoza a ouvert la voie au judaïsme séculier, sinon explicitement du moins par l'exemple de sa vie. Il a démontré, à ses dépens, la possibilité d'être juif de façon non exclusivement orthodoxe. Vivant à une époque où les concepts de sécularisme, de nationalisme et autres notions liées à la modernité, n'existaient pas encore, Spinoza, à travers sa critique de la religion et de la sécularisation des motifs juifs qu'il opère, anticipe les évolutions à venir. Il incarne une forme de modernité avant l'heure, ce qui explique son rejet par les gentils et par les juifs. Enfin, s'il reste néanmoins juif, c'est autrement et d'une façon qui reste à inventer.

Mais Y. Y. pousse l'analyse plus loin. Dans sa deuxième partie, «les aventures de l'immanence», il tente de repérer l'impact, direct et indirect, de Spinoza «dans l'œuvre de penseurs (sont retenus Kant, Hegel, Heine, Hess, Feuer-bach, Marx, Nietzsche et Freud, soit les moins « orthodoxes » pour leur époque) qui ont aidé le monde moderne à prendre forme», en s'engageant, chacun à sa manière dans cette aventure de l'immanence.

L'ouvrage se clôt sur un essai philosophique dans lequel l'A. propose une distinction entre philosophie dogmatique et philosophie critique de l'immanence, en défendant la thèse selon laquelle celle-ci doit aussi être une philosophie de la finitude.

Les idées défendues dans ce livre peuvent sans doute soulever des objections et prêter à débats. L'ensemble n'en est pas moins intellectuellement très stimulant - d'autant plus agréable à lire que l'ouvrage est écrit dans un style fluide et littéraire, grâce soit rendue aux traducteurs pour la qualité de leur travail -, y compris et entre autres pour ceux d'entre nous qui travaillent autour des questions en lien avec la modernité religieuse.

Régine Azria.


(source de la critique : persee.fr )
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